Marchés juteux?

Publié le par Jean von Roesgen

 Au XIXe siècle, l'édition (officielle) du chant (officiel) de l'Eglise était dans les mains d'une grosse boîte allemande à Ratisbonne qui avait le privilège et donc le monopole de la version officielle de ce chant ("grégorien" dans la version médicéenne, une version "corrigée" et "simplifiée" du chant grégorien des siècles avant le concile de Trente).
 Ce privilège se renouvelait tous les (je ne sais plus combien mais je crois que) trente ans.
 C'est à dire qu'il bloquait chaque fois l'état du chant grégorien officiel pour trente ans, et ce malgré les progrès et découvertes musicologiques qu'il a pu y avoir depuis au sujet de ce chant qui aurait dû peut-être s'éditer officiellement sous une autre forme enfin.
 Cette histoire de privilège a bloqué la promotion des travaux de Lambillotte, de Hermesdorff (Trèves) et de Solesmes.
 Jusqu'au jour ou le Pape a décidé de ne pas renouveler le privilège, et de ne reconnaître aucune édition meilleure que l'autre. Cette décision a abouti finalement à une autre édition officielle, la "Vaticane", qui est un cadeau de Solesmes au Pape: Ils lui ont fait cadeau d'une édition qui était le meilleur aboutissement (possible) de leurs recherches à ce moment là. (*)
 Nouveau "blocage" à un état de loin meilleur que celui des éditions de Ratisbonne.

 On peut s'imaginer les intrigues et les dessous de table de cette histoire qui n'est pas vraiment finie, car le concile de vatican deux, conscient du problème, recommande la continuation d'édition critiques du chant officiel de l'Eglise.

 En France, on peut se demander à quel point des privilèges (de fait, non de formulation officielle) bloquent les déroulements liturgiques vernaculaires, et les bloquent dans leur vernacularité.
 Il y a quelques années, on a jeté tout ce qu'on pouvait comme bâtons dans les roues d'une édition de missel post-conciliaire, qui concurrençait les missels mensuels ou annuels jetables.
 Le système d'édition et de recommandation du répertoire de chants français est un circuit clos auto-reférentiel qui fait comme si le chant grégorien et le latin n'existaient pas. (Et  depuis quelques années, comme s'il n'y avait pas de mélodie de la langue française à respecter...)

 Le jour où, en France, la liturgie se réformerait à sa forme la plus ordinaire, en latin et avec les chants officiels de l'Eglise (c'est à dire le chant grégorien), tout un marché s'écroulerait, et dans la rue Bayard on afficherait ou faillite ou reconversion de fond en comble de l'établissement. D'autant plus si le catéchisme lui aussi se réformait à la forme la plus ordinaire du catéchisme officiel de l'Eglise à enseigner tel quel.

 (* C'est un peu plus compliqué que ça. En tout court: Solesmes même, sous Dom Moquereau aurait demandé trop de delai au Pape impatient de boucler l'affaire, et Dom Pothier d'une fondation de Solesmes faisait l'affaire en moins de temps... en revisant les éditions de chant qu'utilisait déjà de toute façon Solesmes... et bien d'autres.)
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Publié dans liturgie

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