c'est la même
13.09.2008
J'ai beau dire: "Je suis trop sensible."
Mais il y a des conversations qui me rendent malade.
Alors: Ou -par charité?- je me tais et je laisse passer, parce que je ne veux pas me brouiller encore plus avec le clergé, ou je dis ce que je pense ou ce que je sais, sans taire la vérité. La charité ne peut pas se passer de vérité.
Je veux bien accueillir l'idée d'une certaine immunité du clergé; et à priori, je lui donne toujours raison. Je crois que c'est ce qu'il faut faire. Mais quand les erreurs deviennent trop manifestes, il faut aussi savoir témoigner de la vérité, quitte à se brouiller avec du clergé. Même si c'est que sur des détails, il y a parfois des détails qui sont symptomatiques d'un tout. (Aussi bien en aval qu'en amont: L'eucharistie étant le sommet et la source de toute vie chrétienne, tout détail du chemin vers le sommet et tout détail de tracé de la source qui en descend sont importants... sinon on risque de se perdre en chemin ou de se tromper de lit de rivière...)
J'apprécie beaucoup d'entendre de temps en temps le canon romain comme prière eucharistique à la messe. Mais je ne suis pas un adepte à cette seule prière eucharistique. Il y en a qui articule à merveille l'histoire du salut... (la IV) ... il y en a qui sont dans l'esprit des "nouvelles oraisons", et qui font plus "contemporaines" (celles de la réconciliation, ou pour les enfants...), et qui auront sûrement encore devant elles l'épreuve de démoder.
Mais quand un prêtre, à la fin de la messe me dit, juste parce qu'il a choisit le canon romain comme prière eucharistique, qu'il a célébré le rite du missel de 1962 (*), je reste bouche bée.
Tout doucement je lui dis: Mais l'offertoire n'est pas tout à fait le même...
Il n'entend pas. Et pourtant il a vécu toute cette période entre 1962 et 1970. Actif. Célébrant. Je ne comprends pas. Peut-être que cette génération avait trop le nez sur ces évolutions pour se rendre compte de ce qui se passait? Peut-être que l'évolution s'est fait tellement à la douce, qu'ils ne se rendent pas compte des différences? Souvent leurs émotions et leur parti pris dans cette évolution les rend incapables d'appréciations objectives.
Je ne dis pas que l'agencement de l'offertoire de 1962 est meilleur que celui de 1970, mais je constate une grande différence. En théologie on nous a appris, qu'en appliquant le décret du concile sur les doublures, il fallait changer cet offertoire qui anticipait de trop le récit sacrificiel de l'institution de l'Eucharistie. Que ça faisait trop double emploi, comme s'il y avait pratiquement deux consécrations... enfin, ça se discute. Je ne suis pas convaincu de cet argument. Je constate que le rite de 1970 a beaucoup de mal à digérer un chant à l'offertoire.
Je raconte à ce même prêtre que mon stage de chant grégorien a eu lieu dans une paroisse parisienne "birituelle" (peut-être que cette formulation n'est pas très heureuse pour désigner la liturgie de St Eugène-St Cécile...). Que tantôt on y dit la messe de Pie V (le soir), tantôt la messe de Paul VI (à midi).
"Mais la messe de Pie V ne se dit plus, on n'a plus le droit de la dire..."
-"Mais si, grâce au motu proprio..."
-"Mais alors, c'est la messe de 1962, mais pas celle de Pie V..."
(Attendez, je vais vite rechercher sur internet le motu proprio pour voir de quelle messe on y parle:
"Art. 1.
Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la « lex orandi » de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par S. Pie V et réédité par le bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même « lex orandi » de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la « lex orandi » de l’Église n’induisent aucune division de la « lex credendi » de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain.
Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le bienheureux Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église...." (suivent les nouvelles conditions pour ces permissions...)
Il est donc question de Missel Romain de Pie V réédité en 1962 par Jean XXIII. Et il n'est pas question surtout d'interdit.)
Ce qui pose problème avec toute une génération de prêtres qui ont vécu ces débats à fleur de peau, c'est qu'ils sont immunisés (ou allergiques) à certaines questions de telle façon qu'ils n'arrivent pas à entendre les distinctions (qui sont historiques) sans vous camper dans le camp des intégristes (qui ne savent pas très bien distinguer non plus...).
Vous leur parlez des vraies raisons-d'être rituels et liturgiques (selon le Concile Vatican II) de l'utilisation du latin et des chants grégoriens, et ils vous renvoient au missel de 1962, ou, pire, à Msgr Lefebvre.
En tout cas, dans cette paroisse de Paris, j'ai beaucoup apprécié la paix liturgique qui y règne entre le rite de 1962 et celui de 1970, et j'ai beaucoup apprécié d'avoir pu assister, un samedi matin, à l'autel de la Vierge, à une messe dite de Paul VI (1970) en latin (avec les lectures en français) et tourné vers l'autel.
Ceci dit, c'est la même messe, c'est la même eucharistie. Il en coûte parfois à notre sensibilité et à nos émotions de l'admettre, mais c'est la même. Et là ce ne sera pas moi qui met l'accent sur les différences, mais ceux qui ont l'air de se fermer systématiquement à certains trésors du passé de l'Eglise (qui demandent peut-être un peu plus de travail et de conversion que certaines pacotilles contemporaines...).
(* Ne voulait-il pas tout juste dire qu'en choisissant ce canon, il choisissait l'ancien canon, que les deux missels ont en commun?)
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