A l'office

Publié le par Jean von Roesgen

 Je veux bien croire les prêtres d'une certaine génération, qui vous racontent quel bonheur c'était pour eux de passer de l'office en latin à l'office en français.  Enfin ils n'avaient plus besoin de traduire dans leur tête ce qu'ils priaient dans une langue étrangère. Et ceux qui n'arrivaient pas à traduire ce qu'il fallait réciter étaient enfin délivré de cette cabale. Là, je comprends la joie. Mais je ne comprends pas qu'on ait pu se résigner à ne pas apprendre la langue cabalistique qu'on fréquentait quotidiennement. Et je ne comprends pas que ceux qui l'avaient appris devaient toujours faire un effort pour la traduire intérieurement. Là, il doit vraiment s'agir d'un phénomène particulièrement français. Un rapport très spécial aux langues étrangères, et ce malgré le patois parfois bien plus proche du latin. Cela fait penser à ces français qui ont fait 6 ans d'allemand et qui ne comprennent toujours pas une seule phrase banale dans cette langue...

 Pour moi, l'office ne c'est pas révélé dans quelque traduction que ce soit. Je n'ai jamais su vraiment rentrer dans le "Stundengebet" en allemand. J'en suivais le cours là où il était obligatoire, proposé, ou spontanément (fraternellement) organisé en communauté. Mais dès qu'il fallait le réciter seul, je retombais sur une répartition toute personnelle du psautier sur une semaine (au lieu des quatre) que je "priais" (en allemand) en générale en improvisant en même temps à l'orgue. La liturgie des heures en français, c'est pire. Je digérais mal. Des hymnes qui n'ont pas passé leur crises d'adolescence. (En allemand, on avait droit à des traductions des hymnes latins, et non des nouvelles créations...) La répartition chiche du psautier sur quatre semaines. Tous les versets exorcistes (malédictions) censurés...

 Je rentre dans l'office à mesure que je le chante en latin. Dans le psautier monastique. En néo-vulgate.  Pour le moment, je lis les psaumes des matines, de prime et des petites heures, et je chante Laudes et Vêpres. Complies chantées si j'ai réussi à chanter Vêpres vers les cinq heures, et que je n'ai plus à les chanter avant coucher. Avec les antiennes du nouvel Antiphonaire de Solesmes.
 Pour moi, c'est le chant qui porte cette prière, et non pas l'entendement. C'est le chant qui l'accomplit, et non pas la récitation.

 Le grand problème de la liturgie des heures, ce n'est pas d'avoir été obligé de la réciter en latin, mais le grand problème, c'est quand c'est devenu un devoir individuel de récitation de prière privée, et qu'on ne la chantait plus en commun. Il faudrait à tout prix qu'elle devienne un devoir commun dès que c'est possible (c'est un scandale de la réciter chacun de son côté en privé alors qu'on vit dans un même village, qu'on partage peut-être la même maison et la même table...)...
 La chanter en latin renforcerait cette communion à travers siècles et pays.

 Quand je chante l'office en latin, je n'ai plus besoin de traduire intérieurement les psaumes, c'est quand même du latin facile et on connaît bien ses textes pour les avoir fréquenté dans plusieurs langues déjà. Quant aux hymnes, cela ne me gêne pas de ne pas tout comprendre, loin de là. C'est un vrai bonheur quand, à fur et à mesure de les répéter, se dévoile le sens d'une phrase par ci, d'une parole par là, d'un verset par ci, d'une idée par là. C'est comme des fleurs qui éclosent sur un tapis vert de gazon.
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Publié dans liturgie

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