contexte

Publié le par Jean von Roesgen

 Une dame dit ne pas regretter le latin qu'elle dit ne pas aimer (d'après mon avis, elle est, comme 80 pour cents de sa génération, victime d'une manipulation grossière du clergé au tournant du concile et d'un manque manifeste de sens pédagogique du clergé d'avant le concile qui ne savait pas forcément assez bien son latin pour en partager les saveurs, les plaisirs et les joies)... j'essaye de lui soumettre l'idée qu'une langue qu'on ne comprend pas, qu'une langue sacrée, propre à une activité religieuse, les a attachés, elle et sa génération, tout autrement à la religion que les jeunes d'aujourd'hui, qui ne s'attachent pas à la pratique religieuse qui a pris les formes qu'elle a prise: (prétendue) compréhensibilité, (prétendue) participation (active de la liturgie au monde des divertissements)... Tandis que ces jeunes à qui on machouille tout dans leur langue (et jusque dans leur langage musical s'il le faut), on ne les voit jamais...

 Elle répond en prétextant le contexte: "C'est un tout autre contexte." (Sous-entendu: les enfants sont baignés dans d'autres mondes audio-visuels...) "En effet, ayant pris le langage de la télé, la liturgie est mal à point pour être au niveau des autres offres du monde..."

 Mais, en fait, le contexte, (autrefois on parlait de ce monde, ou de ce siècle) n'a jamais été favorable à l'Evangile, et l'Evangile a toujours été étranger au contexte, au monde, au siècle présent, et ce des temps de la plus haute chrétienté (dont nous pourrions avoir la nostalgie) jusqu'aux époques les plus sombres des révolutions et des dictatures totalitaires... c'est bien pour cette raison que l'Evangile a intérêt a emprunter une langue qui n'est pas de ce siècle, qui est hors contexte, qui est hors du monde (appartenant à un monde mort et ressuscité)...

 Cette langue inconnue fonctionne au mieux pour introduire dans un monde inconnu, cette langue étrangère introduit étrangement dans un monde étranger à ce monde, et du coup, fait appel à des sentiments et de la confiance beaucoup plus profonds et beaucoup plus attachants que le simple: "J'ai compris." Ce n'est pas à force d'avoir compris la langue qu'on comprendra l'étrangeté et l'engagement radicale de la Bonne Nouvelle. Cet engagement est de l'ordre de la confiance totale que doit un nouveau né dans la langue des ses parents dont il ne comprend pas un seul mot, mais qui lui fait comprendre le monde (surtout relationnel et social) dans lequel ils l'ont fait naître. Et cette étrangeté malgré tout très rationnelle et compréhensible va à merveille avec une langue universelle parce qu'appartenant à plus personne; et à aucune culture...
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Publié dans spiritualité

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