Signes du temps et procuration

Publié le par Jean von Roesgen

 C'est vrai que c'est le pape Jean XXIII qui avait la bonté de nous rendre attentif aux signes du temps... et il a bien fait, parce que les catholiques avaient un peu tendance à rester (à se croire) hors du temps et de ses signes.
 Par contre, sur certains points, il s'est un peu trompé en lisant les signes des temps, notamment sur l'état adulte de la moyenne des fidèles. Sur l'état de la culture, la formation et de la conscience, de l(a capacité d)'auto-régulation et prise en charge de la moyenne des fidèles.
 Cela ne l'empêche pas d'être bienheureux, heureusement. On ne peut pas toujours prévoir les conséquences de ce que l'on dit ou fait. "Ce n'est pas ça, ce que j'ai voulu dire" aurait-il dit le lendemain des élections qui étaient un succès pour les communistes en Italie, alors qu'il venait tout juste de relâcher un peu les brides d'une attitude condamnante et excommuniante à l'égard du communisme.

 On ré-entend souvent qu'un des signes du temps après le concile, c'est que les laïques se prennent en charge, et qu'ils prennent en charge des fonctions dans l'église, qu'ils s'engagent dans le fonctionnement pastoral. Avec la remarque (qui sonne toujours un peu cinique): Heureusement qu'il y a moins de prêtres, cela oblige les laïques de se prendre un peu en main. Comme quoi la chute des vocations est une chance etc...

 On peut en vouloir à l'idée que le curé était sensé vivre l'évangile, la prière, le sacrifice par procuration pour tous les fidèles... mais cette idée est imminamment christique: Le Christ, à un moment vit le salut des hommes par procuration, tout seul, parce que personne n'en voulait, ni ses plus proches, ni ses ennemis d'ailleurs. Du fait de sa part plus intime, officielle et un peu exclusive, à ce sacrifice, à ce don du Seigneur, le prêtre prend part à cette procuration. Cela aide les fidèles à se donner à leur tour. J'aimerais dire qu'il n'y a pas de vrai engagement laïque sans le vrai engagement sacerdotal. Et au contraire: plus il y a de prêtres, plus il devrait y avoir d'engagement laïque (de qualité de part et d'autre). Et non pas l'inverse.

  Si les prêtres commencent à compter sur l'engagement des fidèles, pour être libéré des leurs, s'ils se libèrent de leurs engagements pour faire participer des laïques, c'est le monde à l'envers, il n'y a ni don ni sacrifice, ni participation à la croix de Jésus. Si c'est pour jouer, les uns aux laïques, et les autres au prêtre, c'est qu'il n'y aura plus ni l'un ni l'autre, mais un grand marasme incompétent et vide de vie de la grâce.

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 Pour provoquer un peu... à contresens de ce qui se dit dans ce siècle:

 Il faut que ceux qui suivent le Christ se retrouvent seuls. Ils faut que ceux qui ont fait de leur vie le sacrifice à celui qui se sacrifie soient seuls. Il faut que nos prêtres soient seuls, mais non pas qu'ils soient rares. Il ne faut pas qu'ils soient seuls à être seuls. Encore que ce ne serait pas plus mortel que Jésus en croix. Moins résurrectionnel donc.
 Si les chrétiens ne sont jamais seuls à être seuls, ce n'est pas bien de se mettre ensemble pour se donner l'illusion de ne pas être seul. Il faut s'assumer seul, pour pouvoir partager cette solitude. Avant de partager d'être seul, il faut l'avoir assumé... seul.

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Publié dans pastorale

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