Intrusion divine.

Publié le par Jean von Roesgen

 L'Ecriture Sainte n'est pas un ensemble de traces (mortes), mais se sont des pas (vivants), c'est un chemin (vivant).

 Quand Dieu parle, il parle de toute éternité et pour toute éternité. Jésus insiste bien pour dire qu'il n'est pas venu abolir, ou changer la loi, mais qu'il est venu l'accomplir, il en est l'accomplissement en personne. Mais non pas la loi morte, mais la loi vivante.

 On aurait mieux fait, en début de concile, de mettre l'accent sur la vie des dogmes, sur le fait que ce n'est pas des lettres mortes, mais des formul(ation)es vivantes de décisions vivantes, au lieu de dire leur reformulabilité (*). Peu importe les lettres (mortes? d'apparence) qui portent le mystère, le mystère est vivant. Il ne suffit pas d'adapter ses lettres et ses mots à notre vie courante ou à notre langage courant pour le rendre plus vivant, mais il s'agit toujours de puiser dans sa vie pour en imprégner notre vie. Les pierres qui cernent une source d'eau ou un puits ne sont pas de l'eau vive. Mais leur eau peut-être vive. Ce sont des garde-vie. Parfois les puits sont un peu profonds, et il faut un peu d'effort pour puiser l'eau... enlever les pierres du puits, et les jeter dans l'eau ne sert à rien pour faire remonter l'eau, sinon qu'à très très court terme...

 Quand Dieu agit, il agit depuis toute éternité et en toute éternité. On l'a bien dit de la vie de Jésus: Chacun de ses actes témoigne de sa divinité, porte la divinité, met en lien avec le divin, c'est à dire que chacun de ses actes a cette qualité immortelle.

 L'intrusion de Dieu dans le commun mortel est vie... éternelle, elle est depuis toujours et pour toujours. C'est la raison pour laquelle l'homme la porte à canonisation et à commémoration, à mémorial et sacrement: Parce qu'elle est toujours la même.

 La réactualisation (repraesentatio?) du mystère eucharistique n'est pas une "répétition" (comme on répète une pièce de théâtre) du calvaire, mais c'est toujours le même mystère, le même calvaire, le même sacrifice, la même acceptation de la mort en vue de la vie. C'est le même sang et le même corps.

 C'est bien ça, le prix de l'intrusion de Dieu dans notre commun mortel (que ce soit par la Parole ou par l'Eucharistie d'ailleurs, mais ici je pense en premier lieu à l'Eucharistie), l'acceptation de la mort et de la vie. Il s'agit d'accepter la vie et d'accepter la mort. Non pas de faire la vie, prolonger la vie, trafiquer la vie, contrôler la vie, manipuler la vie, massacrer la vie, porter atteinte à la vie, non pas provoquer la mort, fuir la mort, anticiper la mort, causer la mort, mais accueillir la mort et accueillir la vie. C'est le prix d'une vie éternelle.

 Jésus, dans le discours sur le pain, dans l'évangile de St. Jean, est très clair sur la qualité de vie éternelle lié au pain qui est son corps.

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(*Note du début de l'année:

On entend parfois que l'Eglise, représentant de l'Immuable ne devrait pas muer.

 Déjà, c'est ignorer l'identité paradoxale entre le Dieu immuable et celui qui intervient dans l'histoire, qui se révèle, qui révèle sa loi, son logos et finit par l'incarner.

 J'aimerais bien savoir d'où vient, de qui est, et de quand date cette idée que relate le bon pape Jean XXIII dans son sermon d'ouverture du concile: Les dogmes ne changent pas pour ce qui est de leur contenu, même si leurs formes, la manière de les dire peut changer... (**)

 Pour moi, les dogmes immuables sont les formulations de paradoxes vivants et vivifiants de l'ordre de celui relaté en haut, celui qui identifie le Dieu immuable au Dieu mobilisé dans l'histoire.

 En morale en tout cas, il y a des attitudes envers certaines pratiques qui ont bien changé. Qu'en est-il encore de l'interdit de certaines professions? Soldat. Acteur, homme de cirque. Dire que ces professions étaient juste interdites parce qu'elles obligeaient des pratiques païennes, offrir (serment) à l'empereur païen par exemple, faire partie d'un culte païen (cirque)... Et l'histoire de la toilette de femmes alors? Et l'histoire de l'interdiction des intérêts (***)?

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 Au début du siècle passé, les prêtres luxembourgeois n'avaient pas le droit d'avoir une voiture (automobile), cela leur était vivement déconseillé, pour ne pas dire interdit.
 A la fin du siècle, l'évêque pouvait déclarer: "Je n'ordonne personne qui n'a pas son permis de conduire." La voiture était devenue obligatoire.

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 Même pour les valeurs morales, la Tradition n'est pas une donnée du passé, mais une qualité du présent, le fruit d'un travail et du discernement.

 Ainsi, la voiture pourrait redevenir vivement déconseillée.

 Parce qu'on devient peut-être de plus en plus conscient que la carburation des carbones fossilisés est une fausse piste énergétique, et cela indépendant des limites de ces réserves. Ce sont ces réserves qui garantissent l'air respirable.)

(** Peut-être Yves Congar finalement. Ce qui est au plus intéressant, c'est de lire les hommes comme Yves Congar, Jacques Maritain, Henri de Lubac, Jungmann, Gamber, même Ratzinger, experts et influenciers plutôt "progressistes" au début du concile, mais de ne pas seulement lire ce par quoi ils ont influencé le concile, mais lire aussi leur réaction, une fois que l'au-delà du concile a pris son cours...)

(*** L'histoire morale des intérêts serait peut-être à revoir de fond en comble. Oui aux crédits, banques etc qui facilitent et débloquent les activités et les échanges, et qui sécurisent. Mais non aux crédits et banques qui abusent de confiance et qui commercialisent certaines virtualités comme des "produits", alors que ce ne sont que des échangeurs de produits...)
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Publié dans spiritualité

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