La base de tout apprentissage, c'est l'ignorance assumée.
Au lieu de râler contre les liturgies, je ferais mieux de voir les évolutions positives. La croix sur l'autel qui de semaine en semaine pousse comme si on l'arrosait. Bientôt elle sera assez grande pour que l'assemblée ne soit plus distraite par le prêtre ni le prêtre par l'assemblée au moment crucial de la messe. Je note qu'elle est tournée vers le célébrant dans ce lieu important de pélérinage. Les fidèles en ont une autre sur le mur au-dessus de l'autel sur laquelle ils peuvent jeter leur regard.
Le chant de l'ordinaire en bonne partie en grec (Kyrie) et en latin (Sanctus). Que ce soit (encore) sur des mélodies archikitsch ou à contresens des accents toniques du latin, peu importe: C'est déjà la langue de gagnée.
Il faut se mettre un peu dans la peau de ces prêtres découpés des racines. Contrairement à tous les documents officiels, pendant leur cursus ils n'ont pas vu une seule note de chant grégorien... (j'en sais quelque chose: C'était suite à mon initiative seulement qu'on s'est retrouvés, petite bande de séminaristes, un jour dans la grange musicale de Carlo Hommel... ensuite j'étais le seul luxembourgeois à avoir choisi un "travail dirigé" en liturgie qui portait un peu sur ce chant. Tout ça, c'était possible à Trêves et au Luxembourg, mais à Lyon... rien à la faculté. Rien à l'institut de musique sacré... ça a changé depuis je crois... heureusement.)
Alors quelle humilité, pour ne pas dire humiliation cela leur demanderait d'aller prendre des cours en chant grégorien quelque part. On ne fait pas assez comprendre au clergé de distinguer entre le tout savoir de Jésus du sacerdoce et le travail d'apprentissage d'une vie en Jésus. La base de l'apprentissage, de tout apprentissage, c'est de ne pas savoir (savoir faire, savoir dire, savoir chanter, savoir prêcher, savoir écouter, savoir cognitif tout court). Souvent, de par leur position sacerdotale, par leur état de religion (relation intime à Jésus?), les prêtres se croient immunisé de ce non-savoir, et du coup on leur pardonne tout: ne pas savoir prêcher, ne pas savoir parler, ne pas savoir écouter, ne pas savoir chanter, ne pas savoir organiser, ne pas savoir les rubriques...
(Je dois cette reconnaissance essentiellement à mon professeur de piano, Victor Fenigstein, qui racontait l'histoire du pigeon à qui une autre espèce d'oiseau aurait dû apprendre à construire un nid. "Je sais, je sais déjà..." était toute réceptivité du pigeon. Allez donc voir dans les clochers d'église de quoi sont fait leurs nids.)
++++
Cette citation du Père Mersch ("La théologie du corps mystique" t.I p.368) dans "Vraie et fausse réforme dans l'Eglise" du Père Congar (1950 p.118) vient à propos:
Partout où l'homme agit comme homme, en tout ce que font les chrétiens, même les meilleurs, en tut ce que font les chefs écclésiastiques, même les plus élévés, l'humaine faiblesse et l'humaine malice et les traces humaines des péchés humains se trahissent inévitablement et souvent. Les saints eux-mêmes n'échapperont totalement à ces misères qu'au moment de leur pleine maturité spirituelle quand ils meurent; la grâce, doit-on croire, doit en préserver les pasteurs de l'Eglise d'autant plus que leurs actes ont plus d'importance, mais elle ne les supprime pas: ce serait suprimer l'homme. Il y aura donc, même là, outre d'authentiques fautes, évidemment, des interférences des vues égoïstes et calculs mondains dans les visées les plus apostoliques, il y aura des préjugés et de signorances inconscientes, des vanités qui rendent inintelligents, des susceptibilités qui engendrent des rancunes inavouées, des entêtements orgueilleux qui se prennent pour le respect envers la fonction que l'on remplit, il y aura l'impuissance à avoir et à garder une intention vraiment droite dans une abnégation vraiment humble, etc...
Et au Père Congar d'ajouter:
Cette dernière idée du P. Mersch serait digne d'attention. Une des tentations des hommes d'Eglise est certainement d'indentifier de fait, dans leur esprit, ce qu'ils font concrètement avec la fonction sacrée en soi.
++++
Le chant de l'ordinaire en bonne partie en grec (Kyrie) et en latin (Sanctus). Que ce soit (encore) sur des mélodies archikitsch ou à contresens des accents toniques du latin, peu importe: C'est déjà la langue de gagnée.
Il faut se mettre un peu dans la peau de ces prêtres découpés des racines. Contrairement à tous les documents officiels, pendant leur cursus ils n'ont pas vu une seule note de chant grégorien... (j'en sais quelque chose: C'était suite à mon initiative seulement qu'on s'est retrouvés, petite bande de séminaristes, un jour dans la grange musicale de Carlo Hommel... ensuite j'étais le seul luxembourgeois à avoir choisi un "travail dirigé" en liturgie qui portait un peu sur ce chant. Tout ça, c'était possible à Trêves et au Luxembourg, mais à Lyon... rien à la faculté. Rien à l'institut de musique sacré... ça a changé depuis je crois... heureusement.)
Alors quelle humilité, pour ne pas dire humiliation cela leur demanderait d'aller prendre des cours en chant grégorien quelque part. On ne fait pas assez comprendre au clergé de distinguer entre le tout savoir de Jésus du sacerdoce et le travail d'apprentissage d'une vie en Jésus. La base de l'apprentissage, de tout apprentissage, c'est de ne pas savoir (savoir faire, savoir dire, savoir chanter, savoir prêcher, savoir écouter, savoir cognitif tout court). Souvent, de par leur position sacerdotale, par leur état de religion (relation intime à Jésus?), les prêtres se croient immunisé de ce non-savoir, et du coup on leur pardonne tout: ne pas savoir prêcher, ne pas savoir parler, ne pas savoir écouter, ne pas savoir chanter, ne pas savoir organiser, ne pas savoir les rubriques...
(Je dois cette reconnaissance essentiellement à mon professeur de piano, Victor Fenigstein, qui racontait l'histoire du pigeon à qui une autre espèce d'oiseau aurait dû apprendre à construire un nid. "Je sais, je sais déjà..." était toute réceptivité du pigeon. Allez donc voir dans les clochers d'église de quoi sont fait leurs nids.)
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Cette citation du Père Mersch ("La théologie du corps mystique" t.I p.368) dans "Vraie et fausse réforme dans l'Eglise" du Père Congar (1950 p.118) vient à propos:
Partout où l'homme agit comme homme, en tout ce que font les chrétiens, même les meilleurs, en tut ce que font les chefs écclésiastiques, même les plus élévés, l'humaine faiblesse et l'humaine malice et les traces humaines des péchés humains se trahissent inévitablement et souvent. Les saints eux-mêmes n'échapperont totalement à ces misères qu'au moment de leur pleine maturité spirituelle quand ils meurent; la grâce, doit-on croire, doit en préserver les pasteurs de l'Eglise d'autant plus que leurs actes ont plus d'importance, mais elle ne les supprime pas: ce serait suprimer l'homme. Il y aura donc, même là, outre d'authentiques fautes, évidemment, des interférences des vues égoïstes et calculs mondains dans les visées les plus apostoliques, il y aura des préjugés et de signorances inconscientes, des vanités qui rendent inintelligents, des susceptibilités qui engendrent des rancunes inavouées, des entêtements orgueilleux qui se prennent pour le respect envers la fonction que l'on remplit, il y aura l'impuissance à avoir et à garder une intention vraiment droite dans une abnégation vraiment humble, etc...
Et au Père Congar d'ajouter:
Cette dernière idée du P. Mersch serait digne d'attention. Une des tentations des hommes d'Eglise est certainement d'indentifier de fait, dans leur esprit, ce qu'ils font concrètement avec la fonction sacrée en soi.
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