A(h) la litanie du latin je ne comprends pas.

Publié le par Jean von Roesgen

 Un enfant n'aurait même pas besoin d'aimer sa mère pour apprendre sa langue, mais normalement, il apprend à lui dire qu'il l'aime dans sa langue, il apprend à aimer sa langue, et à l'aimer dans sa langue, et cette langue lui apprend à l'aimer. Va sans dire que grâce à cette langue, son amour passe d'un amour infantile à un amour adulte. D'un amour chosifique à un amour communiquant. D'un amour tout ou rien et exclusif à un amour partagé et (inter)relationnel.

 Si un amoureux aime son épouse, il apprend sa langue, si une femme aime son mari, elle apprend sa langue, et ils apprennent à s'aimer dans cette langue... cette langue peut leur apprendre de passer d'un amour fusionnel et accaparant à un amour dialoguant et distinguant, à passer du tout ou rien à une voie du milieu vivable. De passer de la possession à la confiance.

 Si un parent aime son enfant, il lui apprend la langue de ses parents. Cette langue l'aide de passer d'un amour possessif etc...

 Il faut parfois, en amitié, apprendre la langue des amis.

 On ne peut pas toujours imposer sa propre langue à des amis.

 Si un enfant aime ses parents, il ne va pas leur imposer son langage tout personnel de bébé. Il ne va pas leur imposer de rester au stade de son langage muet... d'enfant.

 Si un époux aime son épouse, il ne va pas lui imposer le jargon de quand il se voit entre collègues de travail ou entre potes relâchés...

 Si un enfant n'apprend pas la langue de sa mère, ou n'aime pas assez sa mère pour apprendre sa langue, il aura du mal à communiquer avec ses frères et soeurs.

 Si un enfant n'apprend pas la langue de sa mère, une fois adulte, il ne pourra pas l'apprendre à ses enfants. Il aura du mal à leur comuniquer l'amour maternel sans sa langue.

 Ce n'est pas sous prétexte qu'il ne comprend pas que les parents ne vont pas parler à leur enfant dans leur langue. Et l'enfant, sous prétexte de ne rien comprendre ne va pas refuser de les écouter.

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 Si j'aime vraiment mes parents et si je veux vraiment comprendre ce qu'ils me disent et ce qu'ils ont à me dire, j'apprends leur langue et je ne les oblige pas à traduire ce qu'ils ont à me dire dans le slang qu'on parle entre copains.

 Si j'ai un ami qui ne parle pas ma langue, mais dont la pensée et les centres d'intérêt me passionnent, je finis, pour le comprendre, par apprendre sa langue.

Je ne sais plus quel est cet auteur espagnol qui a tenu à apprendre le danois pour mieux comprendre Kierkegaard, alors que pour un espagnol, ce n'est pas la langue la plus facile.

 Si on veut vraiment bien étudier Martin Luther, Kafka ou Goethe, on est bien obligé d'apprendre l'allemand. On ne peut pas les comprendre en traduction. Pour ce qui de Calvin, il suffit de savoir son français et son latin. On n'étudie plus l'ancien testament sans faire son hébreu, ou le nouveau testament sans apprendre le grec biblique. On ne comprend pas ces textes en traduction. On comprend la traduction, mais on ne les comprend pas (comme) dans leur texte d'origine.

 Pour comprendre la foi de l'Eglise catholique romaine, il ne suffit pas de traduire sa liturgie, ses documents, ses auteurs pour comprendre, au contraire: Vivre la foi (romaine) dans sa traduction vernaculaire nous empêche de comprendre ce que nous croyons souvent trop vite avoir compris; tandis que vivre cette foi dans sa langue que nous ne comprenons pas entretient notre confiance et notre envie pour toujours mieux comprendre. Nous empêche d'être trop vite convaincu d'avoir fait le tour de la question et d'avoir tout compris. Une langue étrangère et étrange, qui a traversé des siècles de croyants, qui s'est chargé de la foi d'une multitude de générations, dans son épaisseur dense et riche, garde et dévoile, porte et garantit mieux la foi que la langue parlée d'une décennie, ou tout au plus d'un demi-siècle.

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 Pour comprendre vraiment un pays étranger, il faut apprendre sa langue, et il ne suffit pas de se résigner à le comprendre dans la traduction de mon guide touristique.
 Pour comprendre une personne (étrangère), il faut apprendre sa langue. Tant qu'on comunique avec interprète interposé, je ne la comprendrai pas vraiment dans sa langue.
 Pour vraiment comprendre une culture, il faut apprendre sa langue, et il ne suffit pas de la comprendre dans ma traduction.
 Pour comprendre une pensée, mieux vaut ne pas comprendre son langage, mieux vaut ne pas la comprendre dans mon langage, si cette pensée doit vraiment me toucher; il ne suffit pas de la traduire dans le langage de mes pensées, mais il faut traduire mon langage à cette pensée.
 Pour comprendre un histoire, mieux vaut ne pas comprendre sa langue, et l'apprendre pour comprendre.

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 Sinon c'est vraiment le petit peuple luxembourgeois qui se plaint de manger mal en Italie, parce qu'ils n'ont pas droit tous les jours à leur "Beefteck, Fritten an Zalot". Pas besoin de traduire j'espère: là, par contre, c'est une langue qu'on n'a pas vraiment besoin d'apprendre pour ne plus comprendre.

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Publié dans spiritualité

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