Systèmes cosmiques
Après la consultation d'un article très critique sur le missel de 1965 (*), hier, je me suis rendu compte ce matin que ce qui a tout chamboulé finalement, entre 1962 et 1969, c'est cette drôle d'idée de célébrer tourné vers l'assemblé: Du coup plein de gestes et de paroles que le prêtre adressait ensemble avec l'assemblée au Seigneur, perdaient leur sens dans la tournure vers le peuple, ou la tournure face au célébrant. Parce qu'il est extrêmement difficile de maintenir le centre d'intérêt du prêtre et de l'assemblé entre le prêtre et l'assemblé.
Il faut s'imaginer une planète qui tourne autour d'un soleil. Derrière la planète, il y a plein de petites planètes qui tournent avec cette planète un peu plus importante autour de ce soleil.
Puis vient à l'idée à ces planètes qu'elles en ont marre que la plus grande devant elles leur tourne le dos. On trouve une solution: On va prendre le soleil dans notre milieu, et on tournera autour de ce soleil dans notre milieu.
Va pour l'image cosmique: Le soleil prendra toute la place. La grande planète ne verra plus les petites planète, et les petites planètes ne verront plus la grande. Le soleil sera toujours (un peu autrement) le centre, même s'il séparera ce qui aurait dû communiquer. (**)
Le problème pour la liturgie, c'est que le soleil autour duquel tournait la liturgie (avec les petites planètes derrière la grande planète intermédiaire,) n'est pas un grand soleil de ce monde qui s'impose, mais qu'il est l'objet de notre foi. Il est pratiquement transparent, il est tout à fait discret et effacé aux yeux du monde...
Du coup, en le prenant dans leur milieu, les petites planètes et la grande se confrontaient en directe: Il y avait comme s'il n'y avait rien entre eux. Et il était au plus difficile de manifester la présence au milieu d'eux, parce que le moindre geste de référence de la part de la grande planète, ou la moindre génuflexion des petites planètes devenait ambiguë: Ce n'est quand même pas devant les petites planètes que s'agenouillera la grande planète? Et les petites planètes n'ont pas envie de s'agenouiller devant la grande non plus etc...
C'est comme si le soleil disparaissait du seul fait de le prendre au milieu. Comme si sa relative excentricité avait toujours été const(r)itu(c)tive à sa présence.
Passe pour tout tout ce qu'il fallait changer du coup dans les textes et gestes liturgiques, pour lever ces ambiguïtés. Il est devenu très difficile de maintenir ferme le vrai centre, et trop facilement on succombe à la tentation de se prendre mutuellement comme centres d'adressage entre célébrant et assemblée. La preuve: l'idée bien prononcée, dans les documents officiels, de maintenir sur l'autel un petit tabernacle avec la présence eucharistique est très vite laissée tomber, avant de reléguer l'eucharistie dans le dos du célébrant, ou dans une chapelle latérale... sa présence sur l'autel au milieu était de trop. Un peu pareil pour la présence d'une grande croix entre le célébrant et l'assemblée (vers qui la tourner? vers le célébrant? vers l'assemblée?)... il n'y a que très peu de paroisses à l'introduire, à l'ex(ellent)emple du Saint Père.
(* aller sur le site de Salve Regina, chercher dans la rubrique liturgie ce qui concerne le missel de 1965, et là l'article du Père S. Dufour.)
(**)
Il faut s'imaginer une planète qui tourne autour d'un soleil. Derrière la planète, il y a plein de petites planètes qui tournent avec cette planète un peu plus importante autour de ce soleil.
Puis vient à l'idée à ces planètes qu'elles en ont marre que la plus grande devant elles leur tourne le dos. On trouve une solution: On va prendre le soleil dans notre milieu, et on tournera autour de ce soleil dans notre milieu.
Va pour l'image cosmique: Le soleil prendra toute la place. La grande planète ne verra plus les petites planète, et les petites planètes ne verront plus la grande. Le soleil sera toujours (un peu autrement) le centre, même s'il séparera ce qui aurait dû communiquer. (**)
Le problème pour la liturgie, c'est que le soleil autour duquel tournait la liturgie (avec les petites planètes derrière la grande planète intermédiaire,) n'est pas un grand soleil de ce monde qui s'impose, mais qu'il est l'objet de notre foi. Il est pratiquement transparent, il est tout à fait discret et effacé aux yeux du monde...
Du coup, en le prenant dans leur milieu, les petites planètes et la grande se confrontaient en directe: Il y avait comme s'il n'y avait rien entre eux. Et il était au plus difficile de manifester la présence au milieu d'eux, parce que le moindre geste de référence de la part de la grande planète, ou la moindre génuflexion des petites planètes devenait ambiguë: Ce n'est quand même pas devant les petites planètes que s'agenouillera la grande planète? Et les petites planètes n'ont pas envie de s'agenouiller devant la grande non plus etc...
C'est comme si le soleil disparaissait du seul fait de le prendre au milieu. Comme si sa relative excentricité avait toujours été const(r)itu(c)tive à sa présence.
Passe pour tout tout ce qu'il fallait changer du coup dans les textes et gestes liturgiques, pour lever ces ambiguïtés. Il est devenu très difficile de maintenir ferme le vrai centre, et trop facilement on succombe à la tentation de se prendre mutuellement comme centres d'adressage entre célébrant et assemblée. La preuve: l'idée bien prononcée, dans les documents officiels, de maintenir sur l'autel un petit tabernacle avec la présence eucharistique est très vite laissée tomber, avant de reléguer l'eucharistie dans le dos du célébrant, ou dans une chapelle latérale... sa présence sur l'autel au milieu était de trop. Un peu pareil pour la présence d'une grande croix entre le célébrant et l'assemblée (vers qui la tourner? vers le célébrant? vers l'assemblée?)... il n'y a que très peu de paroisses à l'introduire, à l'ex(ellent)emple du Saint Père.
(* aller sur le site de Salve Regina, chercher dans la rubrique liturgie ce qui concerne le missel de 1965, et là l'article du Père S. Dufour.)
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