Lettre entrouverte sur le renouveau

Publié le par Jean von Roesgen

Lettre entrouverte à une dame qui me demande de justifier pourquoi le renouveau me rend malade...

Permettez-moi quelques remarques préliminaires:

 Nous passons tous notre vie à devenir adultes, c'est à dire à apprendre à savoir de l'intérieur ce qui est bien et ce qui n'est pas bien. Les enfants savent ce qui est bien et ce qui est mal de l'extérieur: leurs parents le leur apprennent. C'est ce que disent les parents (adultes) qui compte...
 Nous sommes tous appelés à vivre la Loi comme Jésus, de l'intérieur; dans l'intimité avec ses raisons d'être profondes d'amour de charité et de vérité. Il ne suffit pas de balancer la Loi pour en être affranchi et devenir adulte, aussi peu qu'il est utile de rester collé comme un petit enfant aux jupons de la Loi sans la comprendre.

 Les rubriques liturgiques sont de telles lois. Elles nous disent ce qu'il faut faire, ce qui est bien, et ce qui est mal. Ce qui est bien fait et ce qui est mal fait.

 Si nous avons éduqué, élevé, rendu adulte notre sensibilité grâce à notre écoute et notre pratique des rubriques de l"Eglise (pour ce qui est des questions liturgiques), si nous avons appris à les vivres de l'intérieur, nous aurons peut-être acquis une certaine sensibilité pour pouvoir dire: j'aime ou j'aime pas, je trouve bien ou mal ... en plein accord avec les raisons d'être profondes des critères du bien et du mal reflétées par les rubriques.

 Mais en générale quand les gens vous disent: J'aime le chant grégorien, ou j'aime les chants du renouveau, ils parlent d'une sensibilité à fleur de peau, ils vous parlent de certaines envies ou de nostalgies assez personnelles, alors que la sensibilité des rubriques est une sensibilité universelle et atemporelle.

 Sur les textes chantés, l'enseignement de l'Eglise (pour peu respecté qu'il soit) est très précis (surtout pour ce qui est des chants à la sainte messe):

 Une préférence pour les textes bibliques à chanter. Des mélodies qui profitent au texte (la musique doit porter le texte, doit servir le texte, et non l'inverse: ce n'est pas le texte qui doit servir le swing d'une musique) et le rendent compréhensible.

 Dans les chants du renouveau, il y a plus de chants bibliques que dans les répertoires sélectionnés par les bons soins de nos évêques (livre rouge: parolier; livre vert: chants notés). C'est une bonne chose.
 Mais dans le répertoire du renouveau, les mélodies précèdent pratiquement toujours le texte. Les textes, à force de contre-rythmes, contre-accents, syncopes, retards etc deviennent parfois totalement incompréhensibles, et ils violent la mélodie toute naturelle de la langue française (ou même latine).

 Cette espèce de chants me rend malade. Comme s'il ne suffisait pas de nos recueils de chants jetables, le renouveau en rajoute encore à nos répertoires: que de fruits verts ratatinés sans nombre qui tombent des branches qui ne transmettent pas toute la richesse de la sève du tronc (de la tradition). Que reste-t-il des chants qui vous ont fait retentir les voûtes dans votre jeunesse? J'irai la voir un jour? Plus près de toi? Ce n'est qu'un au-revoir? Le voici l'agneau si doux?

 Le problème de ce genre de chants, c'est qu'ils sont bien pour des mo(uve)ments populaires, pour des para-liturgies, des camps de scout, des processions, mais qu'il aurait mieux valut ne pas les introduire dans la liturgie de la messe.

 La liturgie romaine, contrairement à ce qui se pratique parfois (surtout au début) du renouveau, est très sobre, et l'implication du corps et de ses gestes n'est pas absente du tout, mais fortement stylisée: agenouillement, génuflexions, joindre les mains, ouvrir les mains... se frapper la poitrine... se signer de la croix.

 Une noble simplicité. Une sobre retenue d'une grande distinction, si c'est vécu du fond du coeur et du corps.

 Il ne suffit pas d'agiter le corps pour l'impliquer, il vaut mieux le plier sous ce qui est prévu pour vraiment l'impliquer dans ce qui se fait depuis des siècles.

 A quoi cela sert-il de servir à des jeunes des mauvais pastiches des chants de leur dernière mode, s'ils ne reviennent pas le lendemain, parce que leurs chants sont sans lendemain, et qu'on les a empêchés de rencontrer le Christ dans son Eglise millénaire, préoccupés que nous sommes par nos soucis de nous mettre à leur portée... le catéchisme, ce n'est pas mettre Jésus à la portée des jeunes, mais cela consiste à mettre les jeunes à la portée de Jésus.

 Un jeune qui a vraiment rencontré le Christ dans notre liturgie reviendra. Un jeune qui nous a vu brader notre liturgie (travail publique pour le Christ) pour la mettre à son niveau s'en moquera bien, et il aura raison de se moquer en se disant: Donc mon niveau (de modes passagères) vaut mieux que le(ur) niveau (le bien commun, catholique et la communion des saints dans la sainte tradition) du Christ, que celui du travail millénaire de son Eglise, que celui de son travail millénaire dans son Eglise.
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Publié dans liturgie

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