Lettre d'un évêque à une paroissienne... et à un paroissien.

Publié le par Jean von Roesgen

Lettre d'un évêque à une paroissienne.

 Chère Madame,

 Ca fait plusieurs fois que vous m'écrivez pour porter plainte contre un phénomène dans votre paroisse qui porte atteinte au Concile de Vatican II: Il arrive que l'animateur liturgique chante par moment du chant grégorien en plus du programme de cantiques français largement suffisant qu'élaborent les équipes liturgiques.
 J'allais vous demander des précisions sur cet événement, et finalement votre curé a pu me dire que c'est au moment de l'offertoire et de la procession de communion.

 J'aurai préféré que vous arrangiez ce différent sur l'application du concile entre vous, paroissiens, musiciens et célébrants au niveau de la paroisse.

 Le curé a dû vous préciser qu'il n'y a rien de contraire aux décisions du concile si on chante du chant grégorien à la messe, au contraire: Le concile dans son document sur la liturgie recommande vivement ce chant propre de l'Eglise sans exclure pour autant les cantiques en langue courante. (Que la mise en oeuvre pastorale et l'application des documents du concile n'ont pas toujours respecté les décisions même du concile est un autre problème... vous avez peut-être l'impression que c'est le concile qui a décidé que la langue courante dorénavant remplacerait le latin, les cantiques replaceraient le chant grégorien, que l'autel tourné vers le peuple remplacerait obligatoirement l'autel tourné vers l'orient, alors qu'il n'en est rien. Il suffit de lire les documents conciliaires pour se rendre compte, et je vous recommande vivement les livres du cardinal Ratzinger sur la question, vous allez comprendre pourquoi...)

 C'est un non-dit, une convention non-écrite, mais de tradition, que de laisser libre choix aux musiciens au moment de l'offertoire et de la procession de communion, quand ceux qui communient ne peuvent pas forcément chanter en même temps. Tant que le choix du musicien ne sort pas des chemins battus de la musique religieuse, on n'a pas à lui faire de remarque. Le chant grégorien ne sort pas de ces chemins que je sache.

 Dans l'espérance que vous arriverez à régler ces différents en paroisse, veuillez etc...



 ... et à un paroissien.

 Cher Monsieur,

 Ca fait plusieurs fois que vous m'écrivez pour me faire des remarques sur des questions liturgiques et des moments où les rubriques, dans les célébrantions que vous fréquentez,  ne sont pas respectés. Vous vous plaignez qu'il n'y a pas une seule prière en latin à la messe dominicale, et qu'on ne chante pas de chant grégorien.
 Vous faites bien de me rappeler les références des documents conciliaires et autres rubriques qui vous donnent raison. Je les connais et je sais le décalage qu'il y a entre nos liturgies vivantes et les prescriptions liturgiques.

 J'aurai préféré que vous en parliez à votre curé et qu'entre paroissiens vous vous arrangiez pour voir ce que vous pouvez faire mieux.

 Vous vous imaginez bien qu'on ne peut pas imposer d'aujourd'hui à demain une prière en latin à une assemblée à laquelle on a fait croire pendant trente ans que le latin était dorénavant "interdit" au nom d'un concile oecuménique. De cet "interdit" découle tout naturellement la prohibition du chant grégorien.

 Il faut donc tout d'abord faire un très doux et très prudent travail d'éclaireur à tous les niveaux. Sans heurter personne, sans blesser dans leur tort toute une génération de pasteurs qui ont cru bien faire, sans heurter la nouvelle sensibilité liturgique vernaculaire des paroissiens qui n'ont pas le souci des documents et du véritable esprit du concile.

 Il faut beaucoup de patience et de douceur pour mettre enfin en pratique le concile. Prenez un exemple sur notre Pape actuel, et offrez ce que nos liturgies vous font souffrir au Seigneur. Il saura changer vos larmes en danse de joie quand le moment sera venu.

 En attendant, je veux vous mettre à coeur de ne pas seulement revendiquer du latin et du chant grégorien, mais de les apprendre et travailler vous-même, à la maison, chez vous, ou entre amis qui partagez les mêmes convictions et les mêmes soucis. Le jour viendra et il ne saura pas tarder, où il y aura de nouveau une place dans nos liturgies à la langue maternelle de l'Eglise notre mère et à son chant propre, parce que c'est ainsi que l'a voulu le concile oecuménique à quasi unanimité...

 Dans l'espérance que vous arriverez peu à peu à régler et atténuer vos différents en paroisse, veuillez etc...

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 Il s'agit dans ces lettres bien sûr de pure fiction littéraire, mais comme je ne suis vraiment pas jaloux de droits d'auteur, je les propose comme modèles à nos pères évêques.

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Publié dans liturgie

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M
Bravo pour ces pseudo-lettres.Vous nous mettez l'eau à la bouche: d'où provient cette lettre-perle rare?<br /> Question à l'auteur ,catholique du diocèse de Cahors : vous avez connu ,je suppose , Mgr Gaidon ;vous avez peut-être lu son livre<br /> dans l'ensemble bien inspiré.Votre pensée à ce sujet et la relation de vos expériences éventuelles m'intéresseraient.
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