Canon chanté

Publié le par Jean von Roesgen

09.08.2008

 Le chant du canon.

 Je comprends qu'on puisse chanter le canon de la messe:
 Pour une raison très simple et pratique en cas de concélébrations: Le chant aide les (con)célébrants à être ensemble. Du coup, ils sont automatiquement au même rythme déclamatoire. Tant pis pour ceux qui ne chantent pas très juste. On leur demande d'être discret dans leur contribution (lu texto dans les recommandations aux hôtes qui sont prêtres et qui désirent concélébrer dans un monastère).
 Pour une raison liturgique: Pour rehausser la déclamation du récit de l'institution eucharistique. Pour lui donner une enveloppe plus solennelle, pour (re)sacraliser ces paroles, pour les rendre moins ordinaires, moins quotidiennes,  pour les distancier de ce qui se dit entre copains dans la rue... ou en famille, ou en salon.

 J'essaye de comprendre ce qui me met très mal à l'aise quand j'assiste à une messe où le canon est chanté. D'autant plus s'il y a un micro d'autel qui fonctionne bien et qui réverbère le canon dans le coin le plus reculé de l'église.

 Ce récit n'est pas une lecture, pour avoir besoin d'être compris par tout le monde. La raison la plus primitive pour chanter dans une grande assemblée (du temps qu'il n'y avait pas de sonorisation) ne joue donc pas, sauf si l'on adhère à l'idée que c'est une lecture que tout le monde doit bien comprendre, et qu'il faut déclamer donc bien haut et bien fort... mais en générale, justement, ceux qui ont envie de chanter le canon font partie de ceux qui regrettent la perte d'une certaine atmosphère de retenue à ce moment de la messe... (qui se pratiquait dans le silence ou la récitation très basse du canon avant le concile).

 Ce récit n'est pas à commenter par une mélodie. Au plus cru, ces paroles sont le mieux appliquées. L'autre extrême serait -en cas de concélébration- de les chanter en polyphonie, ou en mélodies très mélismatiques, interprétant, exégétisant le texte chanté... ce serait assez inimaginable.

 Il n'y a pas d'atmosphère, pas d'éthos musical à créer à ce moment là, il n'y a pas de corps musical à constituer pour faire corps, parce que justement, il y a passion, il y a déchirement, il y a sacrifice, il y a immolation à ce moment là. Il n'y a pas à combler un vide affligé que Dieu seul vient combler par sa présence.

 D'après mon avis (tout à fait personnel), ces trois raisons pour chanter en Eglise ne s'appliquent donc pas.

 Je continue donc à vivre le canon chanté comme un supplice qui vient s'ajouter à tant de supplices quand j'assiste quelque part à la messe.
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Publié dans liturgie

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