PGMR 2002 et videsque

Ca commence bien:

 L'approbation de cette traduction française de la présentation générale du Missel de 2002 par la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements nous apprend qu'il n'y a (toujours?) pas de traduction approuvée (par Rome) de ce missel lui-même en français. Probablement ce nouveau missel, dans sa traduction ne va pas différer tant que ça des missels précédents (1970/1975), mais il y a sûrement, comme pour cette présentation générale des petites précisions qui aident à améliorer nos célébrations, qui nous aident à nous mettre de mieux en mieux au service de la liturgie.

Que me dit la préface de l'archevêque de Toulouse?

 Qu'on aura du mal à comprendre les rubriques tant qu'on ne leur sera pas docile, qu'il vaut donc mieux d'abord essayer de faire comme il faut, avant de croire devoir faire comme on v/peut.  Les richesses de la liturgie sont peut-être plus à puiser dans les livres officiels eux-mêmes (missel, lectionnaires, graduel), que dans les choix (parfois très subjectifs et éditoriaux), les essais de vulgarisation (allant parfois au devant de ce que pourrait bien vouloir le peuple), les innovations de ces prémâchoires que sont les revues liturgiques.

Les paragraphes que j'ai plus spécialement relevés:

16. "La célébration de la messe est le centre de toute vie chrétienne pour l'Eglise, aussi bien universelle que locale, et pour chacun des fidèles." Cette universalité qui est au service de la particularité (et pas tellement l'inverse, c'est à dire l'inverse, oui, moyennant la canonisation à travers la mort et la résurrection, le latin et le chant grégorien sont devenus langues sacrées universelles à force de mourir et de ressusciter dans leur utilisation théologale, leurs restaurations successives...) est aussi bien diachrone (elle traverse le temps, elle est en lien avec la communion des saints, de la tradition de toute l'Eglise qui nous a précédée) que synchrone (elle concerne tous les peuples de notre temps, toutes les nations, toutes les races, toutes les sensibilités religieuses...).

 34 L'importance des dialogues du peuple avec le prêtre, comme base de toute participation active (effective), ce qui compte aussi pour le chant: La base de la participation active de la communauté au chant liturgique, c'est le chant de ces dialogues.

 37 a) En plus du chant de communion, les rubriques prévoient donc un chant (hymne, action de grâce) après la communion, qui est forcément un cantique rythmé, rimé, vernaculaire, parce que le graduel romain ignore ce genre de chant à cet endroit. (En grégorien, on pourrait tout au plus tirer un hymne de l'office ou prendre une (ancienne) séquence, ou une prose...) Que tout cela n'empêche pas de prendre le temps de silence requis pour l'action de grâce individuelle.
 b) L'antienne de communion et ses éventuels versets accompagnent le rite de la procession de communion, et ce dès que le prêtre communie. Avant le concile on chantait la communion au moment où le prêtre communiait s'il était seul à communier, ou on ne la commençait qu'au moment de la distribution de la communion, s'il y avait des fidèles qui communiaient...

 38 Dans les rubriques, 'dire' et 'prononcer' peut vouloir dire tout aussi bien 'réciter (lire)' que 'chanter'. A la messe, tout ce qui se récite, peut finalement se chanter. Cela vient du fait qu'on chante pour faire porter la voix, pour être entendu. C'était important du temps qu'il n'y avait pas de sonorisation. Mais cela veut dire aussi qu'il faut se méfier de la sonorisation: Elle risque de tuer le chant. En tuant le chant, elle enlève de la solennité à nos célébrations. Amplifier une voix par le chant n'a pas du tout le même effet que de l'amplifier par la sonorisation. Ni pour celui qui parle (chante), ni pour ceux qui écoutent. Le chant est un art, et la sonorisation est un artifice qui amplifie d'ailleurs quelque chose qui n'est pas fait pour être amplifié. C'est parfois comme si on retransmettait sur grand écran le fond de gorge de celui qui parle. Parfois c'est carrément rebutant. Le chant engage celui qui chante encore plus que quand il parle, il se voit obligé de travailler encore plus son souffle et l'encrage de la parole (de Dieu) dans son corps. C'est un travail de manducation de la parole de Dieu, et de son incarnation, prémisse de tout travail de sanctification. La sonorisation par contre est une commodité, pour ne pas dire une paresse.

 40 confirme ce que j'ai dit sur 34: Il y a les chants des ministres qui sont de toute première importance. Mon plus vieux souvenir d'enfance d'un chant réussi en église, c'était le vicaire qui chantait la préface (en allemand). Mozart -dit-on - aurait donné une large partie de ses compositions pour avoir composé cette remarquable musique, remarquable de simplicité et de profondeur. C'est inouï d'en priver les fidèles à longueur d'année liturgique, et de ne les travailler même pas pour les grandes fêtes. La musique se trouve bien écrite et explicitée pour toutes les préfaces de l'année dans le grand missel d'autel.

41 Ce que ce paragraphe cache de souffrances, je n'ai pas besoin de le rappeler.
 Mais le deuxième paragraphe, ici, est pédagogique: Commençons par (ré)apprendre le Notre Père et le Crédo en latin, sur leurs mélodies simples.
 C'est drôle, l'interprétation qu'on m'en a fait à mon procès l'autre jour quand je l'ai cité: La raison qui vient fortifier l'invitation très forte à apprendre à tout chrétien savoir ses prières de base en latin (comme c'est encore formulé dans le document sacrosanctum du concile §54), à savoir qu'on risque de plus en plus souvent d'être confronté à des assemblées très internationales, cette raison raffermissante est prise comme seule raison: Comme on ne risque pas dans notre arrière pays d'être confronté à d'autres langues, on n'est donc pas invité à savoir les prières de base en latin, et le chant grégéorien passe à la même trappe... même s'il se trouve quelques alinéas plus haut sans lien directe avec cette raison...

43 Je ne sais pas ce que la conférence épisopale française a décidé sur les agenouillements, mais je n'ai pas trop confiance dans sa compétence dans ces questions. Je ne crois pas qu'il faut systématiquement niveller nos gestes vers le bas pour avoir des gestes communs.

45 Le silence avant la célébration concerne surtout les grandes fêtes et les professions de foi, où c'est souvent l'horreur. Les gens se taisent seulement une fois que le prêtre prend la parole...
 C'est peut-être réconfortant pour le prêtre, mais pénible pour tous les fidèles. Si en plus le prêtre, avant la célébration, se trouve en pleine foule à jouer l'accueil... ou le pré-accueil... alors qu'il est sensé se recueillir dans la sacristie jusqu'au moment ou il préside l'entrée dans le sanctuaire... C'est ça le vrai silence, il provient de notre recueillement et il est propice à notre recueillement.

47 Le chant d'entrée accompagne le rite de procession d'entrée. Il est possible qu'aux messes où le prêtre lui-même entonne le chant d'entrée, il l'entonne après le signe de croix, mais quand il y a des chantres, il n'a pas besoin de l'entonner, et il peut (se) laisser faire, et il n'est pas obligé de sucrer la procession d'entrée.

 48 Pour le choix du chant d'entré, le cantique vernaculaire vient en troisième position. Il lui est demandé d'être approprié à une procession d'entrée (pas sautillant donc) et au jour (pas du passe partout, ni du n'importe quoi) et approuvé (il serait bien de se référer un peu plus souvent au recueil de chants vernaculaires édité sous les hospices des évêques... et de voir quels chants n'y figurent pas. Des grands classiques parfois qu'on n'aime que trop.)
 A défaut de chant, on récite l'antienne du Missel (c'est le prêtre qui est nommé en dernier lieu comme possible récitant)...

 50 Le prêtre, debout à son siège. L'accueil des fidèles de par derrière l'autel, comme derrière un gros bureau qui crée la distance, n'est pas une solution heureuse. Malgré la meilleure sonorisation de l'autel... à la rigueur l'accueil à l'ambon ou l'utilisation du micro de l'animateur ou du portable serait préférable.

53 Ceci m'a beaucoup étonné: la récitation du Gloria (pas plus que celle du Crédo d'ailleurs) en alternance prêtre/fidèles n'est pas prévue par les rubriques. Cet usage a dû s'introduire du fait que souvent le prêtre doit faire prêtre, chantre et chorale en même temps.

54 Les oraisons nouvelles échappent souvent à la structure habituelle des collectes, et sont des véritables fourre-tout (homélie, prière universelle, prière pénitentielle, tout y passe) bavards et peu précis. Les collectes sont des bijoux de précision, de concise condensation...

 55 Les chants qui s'intercalent dans les lectures, c'est le psaume (donc c'est un chant) et l'alléluia.  Quand on chante le verset de l'alléluia, alors qu'on n'a pas chanté tout le psaume, il y a quelque chose qui cloche.

 59 Après chaque lecture, on dit une acclamation. Il ne suffit pas de répéter l'alléluia après l'Evangile, et on n'est pas sensé omettre cette acclamation après les premières lectures. Pour rendre plus festive l'acclamation de l'Evangile, après sa lecture, on peut la faire suivre par une reprise d'Alléluia, mais l'Alléluia ne saura remplacer la confession de le présence du Christ dans son Evangile: "Acclamons la parole de Dieu: Louange à Toi, Seigneur Jésus." Dans le cérémonial de l'évêque les acclamations après les premières lectures ont un caractère moins obligatoire: On "peut" les dire.
 L'introduction au lectionnaire (et à l'ordo des lectures) précise que si le lecteur n'invite pas lui-même à cette acclamation, un chantre peut la chanter, les fidèles répondant.
 Dire "Parole su Seigneur" - "Nous rendons grâce à dieu" sert bien sûr à acclamer le fait que ce n'est pas n'importe quelle parole que nous venons d'entendre, que ce n'est pas une lecture quelconque, que le lecteur ne vient pas de nous partager ses idées, mais que c'est Dieu qui nous parle dans cette lecture.
 Si des paroisses entières refusent d'acclamer les premières lectures, si des prêtres, religieux, religieuses, lecteurs institués ou habitués omettent cette acclamation, on peut se demander pourquoi. Sûrement pas pour abaisser la valeur ou pour camoufler l'origine de ce qu'ils viennent de lire.
 Juste pour laisser la possibilité de faire faire la lecture à tout premier laïque venu qui ne pratiquerait pas assez le dimanche pour être au courant de cette rubrique? Pour que ceux qui savent ne se démarquent pas de ceux qui ne savent pas?
 C'est c'est ça la raison, pourquoi on ne la verbalise pas? Si elle est assez bonne pour faire son poids...
 En même temps, savoir inviter à l'acclamation à la fin d'une lecture pourrait être une première étape à devenir lecteur confirmé... pourrait être une des premières conditions pour être admis à ce service... mais comme les gens ne se précipitent pas pour faire les lectures... on ne va pas en plus leur imposer des rubriques à la fin.

 61 Le psaume est un chant, et il se récite uniquement si personne ne peut le chanter. Le graduel grégorien est proposé en second lieu, mais il serait toujours possible de le proposer.

 62 Il y aurait tout un travail de comparaison à faire entre les alléluias grégoriens qui sont des jubilés, c'est à dire des acclamations méditatives, et les alléluias "vernaculaires" qui sont ou bien des cris d'acclamation sans valeur méditative (sans (dis)poser le coeur à l'écoute), ou bien des berceuses méditatives qui sortent tout droit d'une veillée de prière a-t-on l'impression, mais dans ce cas, c'est au frais de leur caractère acclamatif.
Dans ce contexte, il est intéressant à remarquer que la seule fois où à une messe au Bourg j'ai osé (parce qu'il faut oser proposer le chant propre de l'Eglise) chanter un alléluia (pourtant des plus simples) grégorien, mon curé n'a pas réclamé la reprise de l'alléluia après l'Evangile, mais on a eu -enfin- doit à l'acclamation de la parole de Dieu qui rend louange au Seigneur Jésus.

 63 Que la séquence (la suivante) précède dorénavant l'alléluia qu'elle devrait suivre est un curiosum que le graduel romain de 1974 n'a pas suivi (ni l'ordo cantus missae d'ailleurs... il doit y avoir une petite défaillance d'accord entre les différents services liturgiques de Rome à ce sujet).
Personnellement je comprends qu'il faut chanter la séquence avant des alléluias post-conciliaires acclamatifs (une séquence qui suit l'acclamation ferait retomber la tension (l'attention) portée à l'Evangile), mais dans le(s) rare(s) cas où on chanterait un alléluia grégorien, il vaut mieux chanter la séquence après l'alléluia.
 N'empêche qu'au lieu d'invertir le déroulement, les liturgistes auraient mieux fait de se demander ce qui cloche dans nos alléluias post-conciliaires, pour ne plus supporter d'être suivi par une séquence... Les premiers alléluias composés par Gélineau ont encore des petites traînées mélismatiques d'ailleurs, mais on a vite laissé tomber.

 Il y a des séquences qu'on ne peut pas omettre. (Pâques et Pentecôte...)

 66 L'homélie doit être faite par le prêtre. Est-ce à dire qu'elle doit être juste lue par le prêtre ou même être fabriquée (rédigée) par le prêtre?

 71 La prière universelle se préside du siège et non de par derrière l'autel... (cf 138)

 73 Voilà le moment venu pour préparer la table, et non avant la messe, ni pendant ou avant la prière universelle... Même le missel ne trouve sa place sur l'autel qu'à ce moment là... où était-il avant? Près du siège. (cf 118 a)
 Pour la messe sans peuple et sans ministre, il est prévu de pouvoir (non pas devoir mais pouvoir) disposer les vases sacrés dès le début sur le côté droit de l'autel. (255) Mais dès qu'il y a un ministre qui peut faire le va et vient entre la crédence et l'autel...
 Et à une messe sans ministre et avec peuple? Ce serait étonnant que dans le peuple ne se trouve personne capable de rendre ce service à l'offertoire qui fait partie des fonctions de l'acolyte qui aide à distribuer la communion.
 C'est dans le rite pré-consiliaire qu'on déplie tout au début de la messe le corporal sur l'autel, pour y déposer calice et  patène voilés.

 74 Le chant de l'offertoire accompagne un rite qui prend son temps. Les anciens offertoires duraient des éternités. On a supprimé (très tôt, au début du deuxième millénaire si je me souviens bien) les versets pour les raccourcir tous déjà d'au moins trois quarts. On se demande ce qu'on faisait avant pendant l'offertoire... On apportait des victuailles, des cochons et des canards?

 86 pareil pour le chant de communion et l'hymne de communion.
 L'antienne du Missel ne se dit/lit/récite pas s'il y a eu un chant de communion. Cette espèce de doublures, c'est la première chose que l'application du document conciliaire sur la liturgie a fait sauter, en 1964, avant même que les commissions ne se mettent au travail pour des plus amples travaux de changement. Doubler les chants de la messe en les faisant réciter par le prêtre est une habitude des messes pré-conciliaires.
 Les antiennes indiquées dans le Missel ne correspondent pas forcément à ce qui se chanterait dans les Graduels (triplex, simplex, ou, celon l'ordo cantus missae dans l'ancien Graduel romain), ce ne sont pas toujours les textes des chants, mais souvent d'autres textes à lire au cas où on ne chanterait pas l'antienne de communion.

 90 Les rubriques ne prévoient pas de chant de sortie. Pas plus que le recueil des chants propres de l'Eglise, le graduel romain. C'est l'endroit rêvé pour chanter à tue tête un cantique qu'on aime bien, en vernaculaire, rythmé, rimé, populaire, simple... et comme on est déjà hors-messe, cela pourrait être un chant de mouvement catholique, de vieux souvenirs de sessions et de camps... l'horreur pour les musiciens, mais comme il faut un temps pour tout, même pour les faire sortir... La revanche quoi.

 98 C'est dommage qu'on ne pousse/organise/forme/confirme pas plus certaines fonctions (lecteur, distributeur de communions) pour les instituer vraiment et les rendre officielles. (lectorat, acolytat) Parce que c'est plus facile de renvoyer, manier, diriger des usurpateurs de responsabilité, de ministère ou de 'pouvoir' que des institués officiels? Question à poser au sujet de l'institution des relais aussi, ou des musiciens...

 118 Complément de 73: c'est sur la crédence que se préparent les espèces. Le pâle a souvent disparu dans nos habitudes. Ce n'est pas prévu et dommage. (Dans le cérémonial de l'évêque, on l'a mis entre parenthèses... mais je ne sais pas si c'est la traduction française ou l'originale latin qui le met entre parenthèses...) Le voile du calice est toujours souhaitable.

 119 L'habit du prêtre, c'est... un, deux, trois, la chasuble! Qu'il se promène en sous-vêtements romains les jours de semaine, aux messes entre-nous, soit... mais le dimanche... si jamais il y a des romains dans la nef... ils risqueraient de pouffer de rire.
 Sur l'amicte, voir §336.

 128 et 130 explicitent 59. On saura donc quoi dire après les lectures...

 134 nous apprend ce qu'il faut acclamer après l'Evangile, au lieu de re-chanter l'alléluia (occasionellement on pourrait amplifier cette acclamation de la parole de Dieu en faisant suivre une reprise d'alléluia, mais il ne faudrait pas systématiquement remplacer cette acclamation, qui met au centre la présence du Christ dans son Evangile par le chant d'alléluia...) (Manifestement, je n'ai pas peur de me répéter: voir §59)

 142 ah, la voix basse... on ne se méfiera jamais assez de la sonorisation.
 Présenter le vin et le pain en même temps est un privilège de l'ancien rite dominicain et de certains vieux rites latins et cartusiens. Les dominicains, après le concile, sont passés aux rites post-conciliaires, sauf une fraction de traditionnels (fraternité de St Vincent Ferrier?)... qui présentent le vin et le pain en même temps.
 S'il n'y a pas de chant d'offertoire, les paroles qui accompagnent la présentation du pain et du vin peuvent être dites à haute voix. Peuvent. Ce n'est donc pas obligé, ni systématique... ni proscrit de les dire toujours à voix basse.
 L'après-concile a eu beaucoup de mal à discerner entre le possible, l'obligatoire, et l'interdit. Il est devenu possible de célébrer en français, et on en a déduit, que le latin serait dorénavant interdit et le français obligatoire.

  145 Le lavabo n'est (toujours) pas facultatif, même si l'encens est facultatif.

 147 C'est le prêtre qui choisit la prière eucharistique. Il convient qu'il chante ce qu'il a à chanter.

 150 La clochette n'est pas supprimée.

 165 Pour l'oraison finale, le prêtre a le choix de la dire (chanter) ou de par derrière l'autel ou devant le siège.

 170 sans commentaire. cf 384

 305 Juste pour être au courant de la question des floraisons de l'autel...

 306 Et pour confirmer ce qui devrait et ce qui ne devrait pas se trouver sur l'autel à tel moment de la célébration.

  313 Juste pour être au courant de ce que les musiciens ont à respecter.
 Le cérémonial de l'évêque est encore plus précis: Pas de jeu inutile pendant les enterrements. Juste accompagner les chants. Je m'en suis fait un cas de conscience, parce que j'aime bien improviser avant les obsèques et pendant l'encensement. J'ai trouvé un compromis: C'est le seul endroit où je peux faire entendre le véritable chant d'entrée des funérailles chrétiennes, le "Requiem aeternam" . En jouant au début de la célébration sa mélodie, j'accompagne donc un chant qui a été tué innocemment et qui attend lui aussi, sa résurrection, j'en profite pour le remettre dans la mémoire collective des fidèles, et en même temps, je brode sur la mélodie du chant d'entrée, pour que les gens le sachent. C'est une espèce de pré-accompagnement du chant qui -vu le niveau musical des fidèles- ne me paraît pas inutile.
 Quand à l'improvisation pendant l'encensement, je ne partirai plus d'une broderie sur la mélodie du "Sur le seuil de sa maison" (C'est un des seuls chants vernaculaires français (en dehors des ordinaires) qui a su s'introduire -à tort ou à raison- comme chant officiel de référence dans une rubrique... un autre exemple, encore moins glorieux serait l'"Eclate dans le ciel" en guise d'Exultet...), mais je jouerai un des anciens répons d'absoute (Subvenite, Libera, Credo quod, Qui Lazarum, Rogamus te...), accompagnant, une fois de plus un chant assassiné innocemment qui attend sa résurrection...

 336 et 119: Ce serait peut-être utile de réintroduire l'amicte, pour unifier le clergé. Non seulement pour cacher des cols de chemises carrés, des cols roulés, des cols de polos, mais tout à fait pareil pour couvrir les cols romains. "A moins que la forme de l'aube ne l'exige pas": Est-ce que cette phrase concerne uniquement le cordon où l'amicte aussi? Y-a-t-il des aubes qui couvrent vraiment les cols de la vie quotidienne de nos prêtres? En tout cas, la messe n'est pas le bon moment ni pour afficher son col romain, ni son polo décontracté.
 Que la distinction ne passe pas entre ceux qui portent le col romain et ceux qui ne le portent pas, mais entre ceux qui portent l'amicte pour célébrer, et ceux qui ne le portent pas, ce serait bien plus juste...

 337 confirme 119

 384 La fin (pour ce qui est de la cérémonie dans l'église) des obsèques en queue de poisson est parfois un peu pénible, surtout quand les gens des pompes funèbres ne sont pas avertis (ils sont en train de papoter dehors, ou ne se sont pas rendus compte) que la cérémonie à l'église est terminée. Quels sont ces pompes funèbres, parfois à Aynac, qui restent dans l'église et assistent à la messe? Je trouve ça remarquable.

 394 En ruralité, la perte des célébrations cyclo-liturgiques (quatre temps et rogations) liées au travail de la terre et au bon déroulement des saisons (cycles agricoles) est une vraie petite catastrophe. Reprendre l'adoration perpétuelle qui tourne de paroisse en paroisse ne serait pas moins important.

 398 Les critères pour tout changement de rite, pour toute suppression et pour toute innovation: Utilité pastorale et découlement quasi organique de la tradition préexistante...

 Ceci dit, ce n'est pas moi le responsable de nos liturgies. Je peux donner mon avis et faire des proposition, et répondre quand on me pose des question sur ce que je fais et sur ce qui -d'après mon avis- devrait se faire. Mais en fin de compte, je fais comme toute le monde: je me plie à la responsabilité de mes supérieurs, même s'ils n'y répondent pas toujours très bien à ce à quoi on pourrait s'attendre, ou aux questions qu'on peut leur poser.

 Responsabilité vient de répondre. Savoir répondre pour rendre compte de ce qu'on fait/pense/dit. Répondre aux attentes des autres. Peut-être plus aux attentes d'ailleurs qu'aux désirs.

 Sous un certain angle, Jésus n'était pas responsable: Il ne répondait pas à l'attente messianique de certains, aux désirs de certains (désir de domination, de règne, de revanche, de pouvoir)... mais il était la réponse à l'attente messianique toute courte et toute universelle. Il ne répondait pas aux critères des pharisiens, mais il répondait à la vocation du Père. Il ne tirait pas son autorité et ses honneurs de l'entre-nous presbytéral de son époque, mais de son Père. Il ne faisait pas partie d'un groupe autoréférentiel.
 Il répondait au Père d'abord, et au peuple ensuite. En dernier lieu, il ne répondait plus rien à ceux qui voulaient sa perte. Sa réponse, c'était de donner sa vie à ce moment là. Le martyre est souvent la suite logique de la (vraie) responsabilité. La dictature et son imposition/imposture est la suite logique de la fausse responsabilité.
 J'avais envie d'ajouter comme allitération "improvisation" à l'imposition et l'imposture, pensant que Jésus n'improvisait pas, mais qu'il accomplissait les écritures. Il n'accomplissait pas les écritures dans le sens où les entendaient les pharisiens, mais dans le sens où le Père les avait inspirées.

 C'est très intéressant de voir comment Jésus se comporte liturgiquement. Et le scandale que cela peut provoquer (dans la synagogue de sa patrie). Et les habitudes des lieux qu'il prenait avec ses disciples... (le jardin des oliviers), et leur "comme il faut" (ils chantaient les psaumes prévus... pour telle fête)... et on ne médite jamais assez (ni en exégèse ni dans les autres branches théologiques, la morale, la liturgie etc.) son bon mot sur le sage qui tire le plus neuf du plus ancien (je paraphrase Mt 13,52).
 Mes professeurs les plus intéressants et innovants en théologie étaient souvent ceux qui étaient le plus fermement ancré dans la poussière de la Tradition. Les moins intéressants étaient ceux qui faisaient de certaines méthodes et découvertes récentes un académisme, un rubricisme, un dogmatisme paralysant.

++++


Videsque

J'imagine une espèce de sketch qui se passerait à l'église pour l'enregistrement d'une messe chantée, rurale, dite normative du nouvel ordre. Je donnerais tous mon intérêt à visionner la messe normative du Père Bugnini (1967?) à la chapelle sixtine si elle avait été enregistrée...

Plusieurs intervenants: le curé (il n'y a pratiquement plus d'enfants de choeur à la campagne), le musicien (derrière son instrument, l'harmonium, il entonne en même temps les chants), les fidèles qui assistent à la messe, les caméramen, et celui qui tient le livre de la régie et veille au bon déroulement et la coordination de tout...

Ca commence mal: Il y a un romain dans la salle.

Tout avait été très bien préparé: "Vous faites comme d'habitude", on avait dit au curé, qui avait dit: "On fait comme d'habitude". "A la régie, on a les livres de régie, les rubriques sous les yeux, et on vous suit."
(Je dis parfois à mon curé, aux enterrements quand il me dit: Le même programme comme d'habitude: Si on reste aux habitudes et ne change jamais de chant, je devrais chanter le requiem, et non pas vos cantiques des années 60. Il faut distinguer habitudes et tradition.)

Le prêtre sort de la sacristie, enfin, ce n'est pas exactement ça,  il y a plein de va-et-vient du prêtre entre la sacristie et le sanctuaire dès le début: Il arrivait en civile, déposait les livres, va mettre l'aube, revient déposer le calice, la patène et tous les linges qui vont avec, repart et revient avec l'étole sur les épaules...  déjà le roman faisait des grands yeux. Puis il prend le corporal sur le calice qu'il commence à déplier sur l'autel.

Régie: Mais qu'est-ce que vous faites? Dans les rubriques, il y a un moment pour ça, ça s'appelle l'offertoire, ce moment.

Le romain n'en peut plus,  il éclate en rire. Un fou rire qui n'était pas contagieux, parce que personne n'en comprenait les raisons. A un moment de répit on lui demanda: "Mais qu'est-ce qu'il y a?" - "Je dois être le seul romain dans cette assemblée... mais c'est quoi ce célébrant en sous-vêtement surmonté d'une étole? Vous célébrez en pyjama? En chemise de nuit? En caleçon ici? Pourquoi il ne s'est pas habillé?" Et il repartait dans son fou-rire.

La régie prend la parole: Monsieur le curé, c'est une messe plutôt festive qu'on enregistre ici, c'est pas tellement une messe dans un cercle restreint où tout le monde se connaît et nous sommes entre nous. Il risque d'y avoir des romains que ça peut choquer si vous vous promenez en sous-vêtements. Retournez donc à la sacristie vous couvrir s'il vous plaît.

Le célébrant fait ses grands yeux, ne dit rien et retourne mettre une chasuble. Il revient aussi-tôt, se pose derrière l'autel et attend. On se demande ce qu'il attend. A un moment il regarde sa montre: "On peut y aller?" dit-il "On y va?  Je crois que c'est l'heure..."

Régie: ...et la procession d'entrée? Il n'y  pas d'entrée au sanctuaire, comme prévu dans les rubriques? 

 Le prêtre retourne à la sacristie. Il en revient et on chante dès qu'il franchit la porte de la sacristie. Il a l'air furieux: On ne commence pas par le signe de croix avant de chanter?

 Musicien: C'est peut-être le cas quand vous êtes seul à savoir ce qu'on chante: Vous entrez, faites le signe de croix, et entonnez le chant d'ouverture de la célébration, mais demandez à la régie, ce qui est prévu s'il y a des gens autres que vous capables de chanter... Normalement, le chant d'entré accompagne la procession d'entrée.

La régie hausse les épaules pour lui donner raison: On peut recommencer?

On recommence donc l'entrée du prêtre au sanctuaire pendant qu'on chante le chant d'entrée. Cette fois-ci c'est bon.

etc.


 Ou j'imagine une assemblée qui va assister à une messe post-conciliaire en priant le chapelet ostentativement à voix haute en deux choeurs, comme un bateau ivre à partir du signe de croix du prêtre jusqu'à l'offertoire, et de nouveau à partir de la fin de la consécration... jusqu'à la fin de la messe. Quelle réaction aura le prêtre? S'il n'a pas été mis au courant...

 Une assemblée qui se retourne pour voir au fond d'où vient le Seigneur que le célébrant leur annonce en étant tourné vers eux: "Le Seigneur soit avec vous..." (...alors que c'est tellement parlant autrement, nous tournant d'abord le dos, s'il l'accueille de l'orient et nous le transmet vers l'occident... en se retournant vers nous...)

 Une assemblée qui répond en latin aux dialogues que le célébrant dit en vernaculaire.

 Utiliser les deux autels à la carte dans le choeur: Sur l'autel au fond, collé au mur, une messe tridentine, et sur la table collé à l'assemblée une espèce de ces pique nique eucharistiques.


++++

Je crois qu'il ne faut pas confondre tradition et habitudes. La tradition, ce n'est pas la somme des habitudes de hier qui viendraient contrecarrer nos habitudes d'aujourd'hui. La tradition est un éternel potentiel vivant d'aujourd'hui, vivable aujourd'hui, qui vient purifier nos habitudes de hier et d'aujourd'hui. La tradition, c'est la bonne habitude, que ce soit hier, aujourd'hui ou demain, c'est la même bonne habitude.

 La Tradition n'est pas un passé, c'est la qualité d'un présent. Ce n'est pas un avenir, c'est le cadeau du présent dans le Christ. Il faut une certaine sensibilité, le fameux "sentire ecclesiam" pour être dans cette Tradition. C'est le fruit de travail et de discernement. De prière et d'engagement. D'humilité et de patience, d'obéissance, de docilité et de fidélité.


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  • Jean von Roesgen
  • Le blog de Jean von Roesgen
  • Homme
  • 08/01/1963
  • peinture jardinage chant grégorien
  • J'ai fait théologie, puis les beaux arts comme études. Si je les avais fait dans l'autre sens, peut-être que j'aurai plus de crédit auprès de cette Eglise...
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