L'esprit du concile, c'est du boudin.

   Prière de lire cette page jusqu'à la fin avant de crier au blasphème. Et de se rappeler que le boudin (noir*), c'est une espèce de saucisse au sang.

 Il faut à tout prix distinguer les attentes du concile des premiers schémas du concile, et ces premiers schémas du concile des documents (textes/écrits retenus et ratifiés) du concile, et ces documents (instructions  générales et larges) du concile des décrets d'application du concile, et ces décrets d'applications de tout ce qu'on a fait au nom de l'esprit du concile.

 C'est dans l'esprit du concile qu'on a interdit la messe de Pie V, qu'on a interdit le latin et son chant grégorien, c'est dans cet esprit qu'on a installé des tables en guise de deuxième autel tourné vers le peuple dans les sanctuaires, qu'on a arraché les bancs de communion, les baptistères et les chaires, c'est dans cet esprit qu'on a introduit la communion sur la main et ridiculisé la communion sur la langue (cette habitude a eu -officiellement de la part de Rome- droit de cité à niveau diocésain), c'est dans cet esprit qu'on a supprimé les génuflexions et agenouillements des fidèles, qu'on a supprimé les processions et autres para-liturgies populaires c'est dans cet esprit qu'on a abandonné l'adoration eucharistique, le jeûne et le rosaire...

 Si aujourd'hui on nous annonçait un nouveau concile, tout le monde aurait une attente qu'il porterait à ce concile, on pourrait s'attendre qu'il rende possible la prêtrise des femmes, le mariage des prêtres et des homosexuels, le divorce des mariages, le droit au remariage, et dans certains pays pourquoi pas la polygamie, qu'il permette les moyens de contraception, et pourquoi pas l'avortement et l'euthanasie, qu'il nous permette d'autres lectures que celles de la bible à la messe, ou au contraire, qu'il impose le chant grégorien à tout le monde, qu'il interdise à la femme au foyer de travailler dehors, qu'il soutienne le latin, qu'il oblige à la confession trimestrielle ou que sais-je... tout le monde et tout un chacun aura un désir, une ou plusieurs attentes. C'était tout à fait pareil au moment de l'annonce de Vatican II. En plus il y a avait des désirs et des attentes qui s'étaient regroupés, et ces regroupements s'accentuaient, se confirmaient, se déplaçaient, s'affrontaient au cours du concile. (Dans ces regroupements, il faut constater qu'en générale les regroupements autour de nouveautés plus libres sont plus militantes et plus efficaces que les regroupements autour des vieilles habitudes d'un ordre plus stricte...)

 Jean XXIII (**) avait demandé aux évêques de prier, de se sanctifier et de venir ratifier les schémas préparés par la curie romaine. Les évêques se sont dotés de spécialistes des désirs et questions théologiques et pastoraux en cours et ils sont arrivés là pour en débattre. En commençant par rejeter les schémas préétablis (sauf celui de la liturgie qui était déjà bien dans le sens d'un désir collectif) et en formuler d'autres. Il n'y avait pas beaucoup de désir qui se regroupait autour de "Vetera sapientia"... on n'avait pas vraiment envie de reformuler en plus grand les décrets de la récente synode romaine sur le comportement et le devoir de retranchement du monde des clercs et religieux.

 D'après mon avis, "l'esprit du concile" a été tout ce qui était là en désir, en attente, réprimé et prohibé par la mentalité de condamnation et d'interdiction d'avant le concile, tout cela, sans forcément avoir été ratifié, confirmé, ou promulgué par le concile a néanmoins voulu se faire passer pour son esprit. (***)

 L'esprit du concile est la revanche d'une grande frustration (préconciliaire, mais toujours inassouvie par les résultats textuels des promulgations des décrets), c'est un effet de vague d'ouverture de vannes. On avait ouvert des vannes, et l'esprit a déclaré aboli les digues.

 C'est pour cette raison qu'on tombe à tout bout de champ sur cette loi illogique dans l'après-concile: Le permis devient obligatoire et le recommandé devient interdit. C'est dans la logique d'une frustration inassouvie qui réclame sa revanche. (****)

 Mais il ne faut malgré tout ne pas être dupe de ce mécanisme. Lever la mentalité de condamnation et d'interdiction ne veut pas dire que tout est dorénavant permis, et que ce qui était interdit devient obligatoire et ce qui était obligatoire devient interdit. Ce serait la remplacer par une mentalité tout aussi interdictive et condamnatoire. C'est ce qui s'est passé. Un cléricalisme (en polo) parfois pire qu'avant. L'esprit de suspicion avait tout juste changé d'objet ou de camp.

 Le travail du théologien, c'est de montrer le bien fondé et justifié des interdits et des condamnations. Pas besoin de prisons ni d'exécutions sanglantes pour les justifier. Mais leur justifications peuvent exclure et retrancher ce qui ne se justifie pas.

 Et le travail des pasteurs aurait été de mieux accompagner ses frustrations. De ne pas se limiter à les accompagner en cèdant à tous leurs désirs, mais de faire vivre la vraie liberté évangélique, la vraie ascèse chrétienne, qui ne réclame pas, mais qui accueille, pour laquelle il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir... et encore moins à accaparer et revendiquer. (Dans ce sens, la pratique pastorale juste après le concile qui d'après certains était une chance pour l'église de devenir adulte, a tout juste réussi à trop cèder à l'adolescent ou l'enfant gâté...)

 Si l'on compare le travail de ce concile pastoral soucieux des questions d'inculturation (même si je ne crois pas, contrairement à ce qu'on faisait croire, que c'est les pays missionnaires qui avaient le plus besoin de concessions d'inculturation, il y avait surtout la poussée européenne de délatinisation et sûrement un certain manque de courage des missionnaires déjà, un certain manque de formation latine pour être convainquant dans leur mission romaine) au tout premier concile de ce genre, celui de Jérusalem, on voit bien ce qu'il en advient des clauses comme: on permet la langue vernaculaire pourvu que le latin reste pratiqué, ou on permet les chants vernaculaires, pourvu que le chant grégorien garde la première place. Au concile de Jérusalem, on permet de manger les viandes impures, pourvu qu'on évite les viandes immolées aux idoles et la consommation du sang. On connaît les déboires de St Paul au sujet des viandes immolées. On connaît le côté inhumain (et si l'inhumain était une des caractéristiques de l'idole?) des élévages d'animaux et de nos abattoirs. Quelqu'un a une idée à partir de quel concile on a eu (enfin!) droit de manger du boudin (noir*)?

 (*Noir, et non blanc, parce que les juifs ne croyaient pas que l'âme est dans la graisse, la gélatine ou le mélange émulsif des deux, mais qu'elle est localisée dans le sang.)

 (** C'est étonnant d'avoir béatifié le brave Jean XXIII avec son côté naïf et débonnaire et en même temps le brave Pie IX avec son côté mythomane, alors qu'on aurait dû ou pu béatifier en même temps l'autre pape Pie XII avec son côté non moins mythomane et quelque peu paranoïaque, que son successeur n'envisageait surtout pas de faire béatifier...)

 (*** Pour ce qui est de la liturgie, la déclaration du concile était assez ouverte et vague pour être comprise dans un sens très stricte et traditionnel, ou dans un sens très innovateur. C'est plutôt le parti innovateur, sous la direction de Mgr Bugnini, qui a pris le travail en main, et qui a réussi à faire ratifier par le pape ce que se décidait dans les commissions. L'Esprit du concile, dans ce cas, comme j'ai marqué en haut, avait eu droit de cité et fût largement ratifié dans les applications du concile... souvent après coup, quand une habitude avait déjà pris place sans permis. Pour ce qui est du cas de Mgr Bugnini, je crois qu'on a vraiment pas besoin de la thèse de son appartenance à la franc-maçonnerie pour comprendre qu'à un moment Paul VI a pu être exaspéré par son zèle toujours continu au travail d'adaptation, d'inculturation, de simplification ... Mgr Bugnini avait l'esprit qui avait probablement trop souffert au latin et au chant grégorien dans sa jeunesse.
 C'est dans le domaine de la liturgie, que les désirs et les attentes ont pu être et rester les plus actives après la clôture des textes du concile. Le domaine de l'application leur appartenait. Alors qu'on aurait pu en faire une application toute autre...)

 (**** citations d'autres articles:
 L'esprit du concile n'a pas grand chose à faire avec le concile, à part de lui attribuer les envies, les désirs et les libertés interdites avant le concile... En fait, le concile n'a pas fait que lever les interdits, il a gardé toutes les recommandations positives, toute la Tradition positive... Faire croire qu'il a levé les interdits et interdit les obligations, voilà l'esprit bien perverti qui s'est tourné contre ce concile.
  D'une dictature à une autre. Une dictature chasse une autre. S'il a pu y avoir la dictature rubriciste du latin, du chant gréogorien, et des rites strictes dictés par Rome, on n'a pas été libéré pour autant. On n'est pas devenu plus adulte. Les livres de Rome se sont vu remplacés par les missels jetables et leurs suggestions, par les revues liturgiques dont certains curés suivent les suggestions à la lettre (attendant les fruits pastoraux promis), et par le fameux "j'aime ou j'aime pas" de tel ou de tel chant. L'incompétence sous tutelle est restée la même. La tutelle a changé, c'est tout.
 Les interdits et les condamnations ont été levées, mais pour autant, les recommandations et les commandements n'ont pas été abolis. Mais comme la mentalité n'avait pas le temps de vraiment changer, (non, l'après-concile n'a pas eu un comportement plus adulte et moins puéril, d'ailleurs: changera-t-elle jamais?), la mentalité de l'interdit et des condamnations s'est jetée sur les commandements et les recommandations.)

Présentation

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  • Jean von Roesgen
  • Le blog de Jean von Roesgen
  • Homme
  • 08/01/1963
  • peinture jardinage chant grégorien
  • J'ai fait théologie, puis les beaux arts comme études. Si je les avais fait dans l'autre sens, peut-être que j'aurai plus de crédit auprès de cette Eglise...
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