Latin

A vrai dire, je m'en fous du latin, mais je ne m'en fous pas de certains trésors musicaux dont le texte est en latin. S'il m'arrive de fréquenter des milieux traditionalistes, ce n'est jamais pour l'exotisme du latin, langue "morte", ni pour un arrêt sur une liturgie figée, morte ou sclérosée (rarement c'est ça chez eux d'ailleurs), mais parce qu'en générale ils sont les seuls à pratiquer (un peu) le chant grégorien (bien souvent à leur manière postromantique, il est vrai)...

Oui, je m'en fous du latin, même si je ne suis pas tout à fait d'accord sur la conception de langue morte. Du moment qu'une langue est pratiquée, elle est vivante. Elle véhicule de la vie. D'ailleurs toute langue, aussi morte qu'elle soit, véhicule de la vie. Comme toute langue, aussi vivante qu'elle soit peut véhiculer la mort. Quelle profusion de vie quand on s'approche de certains passages de l'Ancien Testament en hébreu. Jésus avait raison de faire comme tout le monde et de fréquenter les écritures saintes dans une langue mourante, l'hébreu, quitte à prêcher en araméen. Par ailleurs, une langue morte a parfois l'avantage de mieux et autrement véhiculer la vie qu'une langue vivante. Si le latin n'avait pas déjà été une langue bien moribonde, étrangère ou carrément morte, les carolingiens n'auraient pas pu la mettre en musique comme ils l'ont fait pour donner le chant grégorien. On ne fait pas ça avec une langue vivante. Toute ce parler en langue musical (interprétant, extrapolant, exégétisant le texte) dont ils fourrent leurs mélismes n'est pas possible dans une langue qui se pratique encore couramment pour dire qu'on veut acheter trois bouts de viande, quatre pommes et deux tiges de poireau.
Quoi de mieux qu'une langue morte pour dire le mystère d'une vie qui est dans ce monde sans être de ce monde? D'ailleurs je ne m'en inquiète pas du tout du statut vivant ou mort d'une langue, on n'a qu'à voir le français du psautier de Genève. Langue vivante ou langue morte? Et re-belotte: il faut de temps en temps retraduire ce psautier (malgré les résistances) en français vivant. Mais si on veut savourer ces psaumes dans leur cohérence originelle, il faut recourir aux toutes premières versions. Ce n'est pas qu'une question d'esthète ganté.

Le fait que l'art roman ou gothique ne soit plus un art vivant n'est pas une raison pour ne plus célébrer de messes dans les bâtisses de leurs styles. Mais j'avoue qu'il me paraît bizarre de construire aujourd'hui une basilique romane à charpente en béton armé cachée superficiellement par des pierres taillées, comme on a vu faire au Barroux.

Il ne suffit pas que Bach ou Mozart et leur langage musical soient morts pour que leur musique ne soit plus vivante.

Je me demande quel a pu être la réponse de  l'évêque quand son jeune prêtre (à la fin des année 50) tout juste ordonné l'a si bien provoqué:  "Comment se fait-il qu'on nous impose une langue morte pour prêcher un vivant et que vous utilisez bien la  langue vivante quand il s'agit de demander du fric " (mort : l’argent comme trace morte d’un transfert viv(ifi)ant lourd de confiance dans les transaction : Nous avons moins de mal en générale à nous investir dans la vie de ce genre de traces, ou d’investir de la vie dans ces traces, parce qu’il en va du nôtre, enfin, superstitieusement nous croyons qu’il en va du nôtre…)
 La génération des années 50 a eu raison de se battre pour un usage bien plus large de la langue vivante dans la liturgie. D'autres générations ont d'autres combats à mener.

Une langue étrangère est étrangère tant que je ne l'aurai pas apprise, tant que je ne me serai pas familiarisé avec elle. Une langue morte est morte tant que je ne vis pas en elle, tant qu'elle ne me fait pas vivre. Comme le corps du Christ est mort (aussi historique que soit le fait de sa résurrection) tant que je n'ai pas la foi en sa résurrection, j'aurai du mal à le découvrir et rencontrer vivant (et d'une vie qui traverse, transcende mon quotidien, les générations et le monde). C'est pour cela que l'obligation de vivre dans une langue morte a dû être assez symptomatique de la foi que l'on investissait dans ce qu'elle véhiculait en vie. Mais j'avoue qu'il y avait des abus cléricaux et théologistes. Pas plus cléricaux en revanche qu'après le concile certaines interdictions du haut de chair (pardon, la chaire vient d'être bazardée: de derrière l'ambon à micro amplificateur) du moindre brin de latin qui pouvait traîner encore dans les habitudes liturgiques d'un peuple de Dieu attaché à ce que chantaient leurs parents.
J'avoue que le latin n'a pas été beaucoup plus tolérant envers les langues liturgiques qui le précédaient: à un Kyrie, Alléluia, Sabaoth, Hosanna et Amen près: Où serait l'équivalent en latin qui aurait survécu à la revanche qu'a prise la génération 50/60 sur les abus en latin?
Toutes les religions ou presque présent(ai)ent cette particularité, de pratiquer des rites dans une langue morte: syriaque, copte, vieux grec, vieux slave, latin (faut-il ajouter l'allemand luthérien et le français calviniste?) pour ne citer que celles des chrétiens. C'est le cas de plein d'autres religions. Religion, ça ne vient pas de relier? Relier les générations et relier les peuples? Quoi de mieux pour relier toutes les langues vivantes qu'une langue morte? C'est mieux, je trouve, que de suivre une langue commerciale (fric mort toujours?) et impérialiste qui liturgiquement vient jusqu'à faire en sorte que les français bradent la mélodie (vivante) de leur langue (vivante) au profit de la scansion anglophone. Les chants post-conciliaires en français en témoignent par centaines: tellement peu de sens de la vie rythmique et mélodique si particulière à cette langue. (Dans  "Trouver dans ma vie ta présence" de Giannada, par exemple, que vient faire cet accent et cette tenue sur "sa" dans "et se SAvoir aimé" à la fin du refrain, alors que tout le monde accentuera "saVOIR", et mettra la longue sur le "VOIR" de "saVOIR" dans le parler vivant et courant? Alors qu’il aurait suffit d’écrire une espèce d’hémiole en mettant la note courte sur  « sa » et la longue sur « voir ») Quoi de mieux pour relier les générations, qu'une des langues de nos ancêtres? ...pour garder au-delà des (bonnes et nécessaires) rébellions adolescentes (qui modifient toute langue, aussi vivante qu'elle soit) une transparentalité, reflet ou image de la paternité divine? En même temps, que dire de ce pressant besoin de toute adolescence de s'échapper dans une langue étrangère? Une fois de plus, je ne suis pas contre l'anglais, et sa littérature, mais le latin, avec sa culture, le vaut largement.


Je suis profondément attaché au concile (un concile adolescent de désobéissants, de révoltés dès le début quand ils rejettent les schémas morts et préfabriqués de la curie romaine qui venait tout juste de pondre une instruction pour l'interdiction des langues vernaculaires et l'exclusivité du latin), que je n'ai pas eu la chance de vivre et suivre en adulte; je suis moins attaché à son déroulement physique dans le temps qu'aux documents qu'il nous a laissés. Je suis toujours étonné de l'écart entre ce que disent ces documents et ce qu'on en a fait en application. Dans ce sens il y aura sûrement encore du retour de la vague d'envolé qu'a connue l'application du concile qui fusillionnait bien au delà des cibles indiquées, et qu'un bon petit pape d'une hypersensibilité artistique (mais quel sens du geste liturgique) n'avait le choix que de ratifier après coup.

En montant mardi matin au mont Saint Joseph (quelle joie qu'il n'y avait pas la messe de mardi dans ma ville, et que j'étais obligé de faire un tour de rogations à travers champs pour aller assister à la messe ailleurs) j'ai vu sur la route des limasses en masses dévorant une limasse qui venait de se faire écraser. Au risque de se faire écraser toutes à leur tour. Comme quoi vivre d'un cadavre porte des risques. En même temps une parabole de notre société qui vit à courte vision d'énergies fossiles, de mort enfouie en nappes pétrolières, contre-valeur d'un air respirable nécessaire à la vie. Et que dire de l'importance de l'humus (ce qui reste des plantes mortes et des cadavres putréfiés) tellement nécessaire à toute végétation et toute culture?

Ce n'est pas en écartant tout ce qui est mort qu'on sera vivant, mais ce sera dans un juste rapport à tout ce qui est mort -ou vivant dans l'investissement de la foi- que la vie peut prendre racine... dans la vie de ceux qui nous ont devancés et qui sont morts et nous aident à vivre de la vie de foi (à qualité éternelle) dont nous témoignent leurs traces.

Certaines de ces traces, pour moi, sont loin d'êtres mortes. Parce qu'elles regorgent de vie. Il y en a qui sont carrément increvables. On a beau les piétiner pendant des décénnies…le concile de Trente a vu mieux: il fallait plus de 300 ans pour aboutir à l'établissement d’un chant correspondant à son désir de remédier à la sécularisation qu’avait connu la musique liturgique.... on a le temps. Il faut avouer que deux champions au moins de ce concile n'étaient pas très musiciens: Sainte Thérèse et Saint Ignace. Alors que même à des visuels comme eux il ne faut pas plus d’investissement auditif et vocal que l’investissement  exigé par leurs méthodes d'auto-suggestion visuelle en contemplation et en oraison préparant un (autre) terrain pour rencontrer le Christ et marcher sur ses traces. Il paraît que le Christ, lui, savait cantiller les psaumes. Il n’était pas que l’image du Père, il portait aussi sa voix.
 Je témoigne de la foi dans la vie cachée de certaines traces musicales en demandant souvent la permission de chanter l'antienne de communion là où je vais à la messe. Cela donne des boutons à certains. A d'autres cela plaît. Encore d'autres que cela fait tousser. (On tousse pour se défaire d'un truc qui fait mal aux oreilles, ou pour déboucher les oreilles encrassées par d'autres habitudes musicales?) Si ce chant était vraiment mort, il laisserait bien plus indifférent.

Il y a des gens qui récriminent contre l'utilisation du latin à l'église, parce que personne ne comprend rien.
 C'est un peu comme si les parents disaient au sujet de leur nouveau-né: On ne lui parle pas, de toute façon, il ne comprend rien.
 Je pense bien qu'il y a (eu) des abus latins: Déjà, en soi, c'est une langue impérialiste et colonialiste si l'on veut. Une langue administrative qui a malgré tout l'avantage d'être claire et précise. N'est-ce pas finalement aussi un mérite de la langue latine d'avoir résolu la querelle des natures du Christ irrésoluble en grec? Deux natures, et une co-substance. Le pape a parlé (en latin)... Dans l'évolution des langues liturgiques de l'Eglise catholique, le latin n'a pas été très doux avec les langues qui la précédaient. Mais néanmoins elle porte (surtout) dans (l'étymologie de beaucoup de) ces mots un certain respect pour ne pas dire une grande estime du bagage grec. Elle a été de loin plus coulante avec certains termes techniques hébreux (sabaoth) et grecs (Kyrie eleison) que les langues modernes.
 On a pu se servir (entre clercs) du latin justement comme des parents peuvent se servir d'une langue étrangère pour ne pas être compris de leurs enfants. Mais en générale, cela ne fait qu'attiser l'envie des enfants d'apprendre des langue étrangères...

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 Avant d'apprendre à parler, c'est tellement important qu'on baigne dans un langage (alors qu'on ne le comprend même pas encore, on s'aperçoit que c'est un instrument de dialogue et d'entente, de différent et de réconciliation) ...qui nous dépasse.
 Quand nous parlons à nos plantes d'appartement ou à nos animaux domestiques, d'une part c'est important de leur parler dans notre langue maternelle, dans la langue qui nous est la plus familière, et d'autre part c'est sûr que nous nous faisons comprendre sans être compris. Et c'est tout aussi sûr que cela ne nous dispensera jamais de dire des choses sensés dans un langage sensé, c'est à dire un langage qui a du sens pour nous et par lequel nous voulons communiquer du sens, même si c'est peut-être un langage d'onomatopées ou un langage inventé, ou un langage infantile (encore qu'on ne se méfie pas assez de parler infantilement aux enfants).

 Quand l'homme réalise une oeuvre, c'est tellement important qu'il y intègre/respecte la marge de l'imprévisible et de l'acte gratuit. C'est tellement important de garder la frange d'incertitude, de hasard et d'imprécis dans ses réalisations. Il n'y a que les intégristes et les éradicateurs qui font comme s'ils pouvaient échapper à cette condition de tout crée. Pour ceux qui manient le savoir, c'est tellement important de respecter et vénérer la marge d'incertitude et d'incompréhension. Certes, le travail peut consister à la minimaliser, mais elle restera toujours présente. Pareil pour la morale...

 En même temps, pour échapper aux magiciens (qui manipulent ce qui nous échappe) et à la supersticie, c'est extrêmement important que tous les moyens, tous les instruments, que tout le langage qui enveloppe et communique et partage nos dires et faires sur le mystère de ce qui nous échappe, nous devance, précède et suit soient accessible à tous s'ils voulaient bien s'y pencher, et non pas réservé à une caste. L'utilisation du latin était de cet ordre là. Ce n'était pas un hocuspocus, mais un chacun pouvait apprendre ce que voulait dire "Hoc est corpus"...
 En même temps, une fois que la langue était devenue étrangère à notre parler familier, l'utilisation de cette langue signalait un mystère qui carrément nous échappait plus que nos transactions humaines sur le forum publique que nous traitions en vernaculaire.

 Utiliser la langue vernaculaire et que la langue vernaculaire avec l'ambition de tout (faire) comprendre, l'ambition d'une transparence parfaite, d'un récit droit, linéaire, bijectif et parfaitement corrélaire par rapport au mystère n'a pas compris grand chose au mystère.

 Si Jésus parlait volontiers en paraboles, et non pas en discours doctrinal ou en système légal, il avait ses bonnes raisons. Il avait carrément raison.

 Vouloir tout rendre utile et effectif, c'est mortel. L'acte gratuit nous libère, s'il est sensé. L'acte gratuit nous apprend le sens, et nous apprend à donner et recevoir sens. Instrumenter et rationaliser, utiliser et utilitariser l'acte gratuit le tue, et tue notre raison de faire, nos outils et nos utilités.

 La musique est de cet ordre là. Bien sûr, cela ne rajoute rien à la grandeur de Dieu de lui construire une cathédrale flamboyante, le chant n'apporte rien à la grandeur de Dieu, mais tout cela nous rapproche de lui, comme dit une préface... c'est d'ailleurs (encore plus) dommage (que d'habitude,) de ne pas chanter cette préface.

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 Le concile, dès le début, avait très bien compris que le bon déroulement de la réforme dépendrait énormément de la formation liturgique (et musicale) du clergé d'abord, et ensuite des laïques. On oublie trop souvent que tout apprentissage passe forcément par une phase d'aliénation. L'enfant ne va pas apprendre à parler si les parents se mettent à apprendre son langage de balbutiement, cris et crachats et ne lui répondent plus que dans son langage de balbutiements, cris et crachats.

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 On ne peut pas mettre le latin d'Eglise au pied d'égalité comparatif avec d'autres langues vivantes, on ne peut pas comparer ses services avec l'utilisation d'autres langues. Ce n'est pas une langue vivante comme une autre, mais c'est la langue que l'Eglise s'est forgée à partir d'une langue qui allait mourir. Ce n'est pas pour rien qu'on parle de latin d'Eglise (Kirchenlatein). C'est une langue qui est -d'office- étrangère a tous ceux qui la pratiquent et les met tous à un pied d'égalité d'étrangers devant sa manière de dire les mystères. (Dom Saulnier dans une de ses conférences.) En même temps, ce n'est pas une langue inaccessible, et tout simple et accessible qu'elle peut sembler (à la base, c'est la langue d'un peuple de paysans), ce n'est pas une langue incapable d'exotisme et de poésie, d'érudition et de créativité, c'est une langue malléable et réceptive.
 J'aime le latin, justement parce que je ne comprends pas tout: a fur et à mesure de prier en latin, je comprends de plus en plus, mais c'est un trésor tellement riche, une langue à des strates tellement nombreuses, élevées et vertigineuses, qu'on n'aura jamais fini d'en faire le tour, comme on est obligé de pouvoir faire le tour d'une langue qui sert le commerce, le marché et toutes les autres relations quotidiennes: là, il ne faut pas qu'il y en ait qui dépasse et échappe. En latin, il est heureux qu'il y en a qui dépasse et échappe, non sans l'espoir et la confiance que c'est possible de comprendre un jour. Cette langue a une portée eschatologique.

 Le latin est une langue morte et ressuscitée au service d'une Eglise. C'est ça le grand avantage qu'elle a par rapport aux langues vivantes, qui sont mortelles. Le latin, par/pour le Christ ressuscité, était devenu immortel. L'Eglise l'a rendu apte à dire au mieux le mystère, elle l'a rendu au plus apte à chanter le mystère. Par le travail de plusieurs siècles (presque deux millénaires) et d'une foule de saints, elle l'a rendu capable à célébrer le mystère. Par rapport à ces trésors, la prétention liturgique de certain clinquant vernaculaire qui a toute juste quelques décennies est ridicule. Le peu d'autorité, de pertinence ou d'impact liturgique qu'ont les textes vernaculaires, provient en générale de l'autorité, de la richesse, de l'impact ou de la compétence liturgique de l'originale. Mais sans l'originale en arrière-tête ou dans le subconscient, c'est moins évident: d'où la difficulté de transmettre ces trésors en vernaculaire aux générations qui suivent sans avoir connu les originaux.

 Le latin d'Eglise est une langue de prière et de réflexion chrétienne. La réflexion et la prière chrétienne l'ont transformée au point que quelqu'un dont ce serait la langue maternelle et vivante ne comprendrait peut-être plus grand chose à ce qui se dit, s'écrit et se chante en latin dans l'Eglise. (Dans ce sens les apports des renaissances latinisantes (avec Cicéron et co comme référence) peuvent être correctives mais jamais décisives pour le latin de l'Eglise...)
 L'immortalité du latin d'Eglise ne dit pas son immuabilité: il est immortellement vivant, et donc capable de croissance et d'évolution (organique). Je crois qu'il faut lui appliquer les promesses de Jésus à St Pierre: Les portes de l'enfer ne sauront l'engloutir: il échappe à jamais à la mort de la sclérose ou de l'abandon.

 Oui, les églises orthodoxes ont fait un autre choix par rapport aux langues: On traduit tout de suite tout ce qu'on peut dans la langue vivante qu'on évangélise, même les trésors liturgiques et les chants. Mais le résultat, tôt ou tard, c'est la formation d'églises autocéphales (autant vaut dire acéphales). (On me rassure par ailleurs, que ce qui fait l'unité de ces églises, ce n'est pas tellement l'auditif (ce qui s'entend, la langue, le chant, les paroles) que le visuel (ce qui se voit ou se regarde, les images, les icônes, les gestes...), et dans ce cas, il faudrait faire le paralèle avec la fixation et l'imposition des canons d'iconographie...)

 L'Eglise romaine catholique, jusqu'au concile, a fait un autre choix: La foi du missionnaire, c'est sûr, ne devient adulte (plus universelle: sortant des jupons de sa mère, des pieds de sous la table du père, sortant de sa maison familiale) qu'au moment où elle se verse dans la langue du pays évangélisé qu'il se doit d'apprendre. Mais la foi des peuples évangélisés ne devenait adulte (plus universelle, sortant de sous leurs jupons, tables et toits) qu'une fois qu'ils apprenaient les éléments les plus basiques de cette foi dans la langue commune de l'Eglise.
 Les documents officiels de l'Eglise, dans ce sens, continuent à nous encourager à savoir (et à réciter) le Pater Noster et le Crédo.
 Si d'autre part, il faut encourager le travail théologique, la piété populaire même dans les langues vernaculaires, il ne faut jamais qu'ils se passent d'un retour au latin. Le latin n'attend que de s'en enrichir, pour en faire profiter l'Eglise universelle. La vernacularisation n'est pas une dissipation des trésors de la foi catholique à partir d'un centre commun, pour rester cloisonné dans son temps (le temps que dure une langue vivante) et son espace (une église particulière, l'église d'une nation), mais elle se veut respiration entre l'individuel et la collectivité, ou elle se veut circuit sanguin entre Rome et l'univers, entre Urbem (la ville) et Orbem (la terre). Pour bien fonctionner, il faut une langue commune au circuit. La vernacularisation ne fonctionne pas sans le retour de sa latinisation. Il faut savoir si on veut être l'Eglise universelle (catholique) romaine ou non. Si nous en voulons, ce désir se doit d'un minimum de travail et d'investissement romain (et donc latin...).

 Je suis convaincu que le choix de la langue latine n'est pas que l'héritage nolens-volens du bas impérialisme romain. Je crois que l'Esprit Saint a guidé cette évolution et cette Tradition.

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 L'idée de voir le latin d'Eglise comme du latin mort et ressuscité me vient d'un articule du cardinal Ratzinger (que je ne confonds pas toujours avec le pape Benoît XVI, même si les deux personnes doivent avoir de fortes affinités) sur l'eucharistie qui n'est pas juste le repas de Jésus avec ses amis. Mais qui est ce repas une fois qu'il a traversé la mort et la résurrection. Ou qui est dans ce repas ce qui traverse mort et résurrection. Ce qui justifie les célébrations catholiques (avec leur théologie sur l'eucharistie) et les empêche de singer et se figer sur des repas entre amis.

 C'est drôle l'attente protestante (en plein milieu des catholiques, avec un retard de 400 ans)  toujours latente qui a voulu tirer du concile ce qu'elle en attendait. Le latin une langue comme une autre, et du coup, en comparaison aux autres, une langue tout juste incompréhensible et morte. L'Eucharistie un repas comme le dernier repas de Jésus.

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 Die Frage ist doch wohl die, ob wir ein Nebeneinander von Nationalkirchen oder Kulturkirchen haben wollen, oder eine und dieselbe Kirche in verschiedenen Nationen und in verschiedenen Kulturen.

 Il s'agit de savoir si nous désirons faire partie d'une Eglise qui se constitue de différentes églises nationales (ou culturelles), ou si nous voulons faire partie d'une même Eglise dans différentes nations et cultures.

 On a raison de dire que c'est important, dans le devenir universel de l'Eglise, que celle-si s'inculture dans toutes les cultures du monde. Et qu'à fur et à mesure qu'elle s'inculture dans toutes les cultures du monde, elle doit se désinculturer de sa culture d'origine: des coutumes juives d'abord (circoncision et habitudes alimentaires), de la langue de l'oecuménie du bassin méditerranien (le grec) ensuite... surtout du côté où elle vise les terres gauloises... puis il y a eu la régression de l'expansion romaine, et l'Eglise est devenue héritière de son empire... jusqu'alors, il faut croire que l'Eglise a toujours épousé la langue d'expansion, la langue "mondiale" de son temps... mais là, il y a un nouveau phénomène: la langue -dans son quotidien- meurt, et il n'y en a pas d'autre (plus) expansive à portée de main. L'Eglise tire le meilleur de cette situation et garde la langue mourante qui devient unifiante et elle se l'approprie.
 Après cette expérience de mort et de résurection, l'Eglise me paraîtrait peu sincère si à la fin du 19e siècle, elle avait épousé l'anglais, ou si aujourd'hui elle épousait le chinois.
 Mais ce qui reste toujours vrai, c'est que chaque nouvelle inculturation doit avoir son impact sur la culture de base qui en prend ses marques. C'est dans ce sens que je parlais d'un retour... ou d'un va et vient entre vernacularisation et latinisation.
 Je suis convaincu que le latin est assez mobile, extensible et perméable pour se plier à toutes les inculturations universelles, à condition que ses cultures jouent le jeu d'une inculturation universelle à leur tour... sous le chapeau du latin.

 L'avantage, en gardant une seule langue de référence écclésiale, sera d'échapper à cette drôle d'idée que le contenu des dogmes reste identique alors que leur forme(ulation) peut changer. C'est sûrement vrai pour des questions périphériques, ou les traductions vernaculaires surtout, puisque c'est la caractéristique d'une langue vivante qu'elle n'évolue pas seulement, mais quelle se révolutionne aussi... mais cela ne devrait pas se confirmer pour les dogmes et textes conciliaires, au risque de l'appliquer à ce genre d'idées elles-même.

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 D'ailleurs, c'est pour cette raison, que toute réflexion (Rückbesinnung) sur les origines culturelles et cultuelles peut s'avérer très fructueuse à la foi catholique: Méditer la pratique juive de Jésus. Etudier l'Ancien Testament dans sa langue d'origine, le Nouveau Testament dans sa langue écrite (le grec, et dans sa langue parlée: l'araméen)... etc.
 Et tout cela sans court-circuits archaïsant, sans réductions nostalgiques, mais comme apport clarifiant et éclairant les évolutions ultérieures.
 Des court-circuits archaïsants reviendraient à une vernacularisation (rétroactive) des trésors de l'Eglise dans un des langages de ses origines. (C'est rigolo quand les étudiants de Linz, protestant devant leur évêque parlent de "ruach" quand ils pensent à l'Esprit Saint. Si l'utilisation du nom de Jeschua peut donner de la piété aux mouvements du renouveau, pourquoi pas, ironisait le Père Gibert à Lyon...)
 Si j'ai bien compris, c'est bien là un des malentendus de Luther et de certaines dérives post-conciliaires. Tout vernaculariser à fond: La tradition dans ses origines et ces origines dans notre quotidien.
 Il y a une intention très touchante dans cette entreprise: Prendre au plus sérieux l'incarnation dans le plus quotidien. Le plus quotidien des origines, et le plus quotidien de notre actualité. En même temps, il se perd de ce qu'il y aurait à incarner. "Avant Abraham je suis" est d'une actualité quotidienne et d'un au-delà au-devant et au-dessus où l'un ne va pas sans l'autre.

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 Pour le chant grégorien, il y aurait des parallèles à tirer, et le graduel romain (ainsi que l'introduction à l'ordo cantus missae) a raison de continuer à permettre (au moins ça) de chanter les nombreuses antiennes néo-grégoriennes de l'ancien graduel, même si le graduel romain post-conciliaire ne les reproduit plus tous. Je suis convaincu que cette permission pourrait facilement s'étendre (au moins sous le label de l'alter cantus aptus et aprobatus) sur le plein chant néogallican...

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 La langue latine vivante savait très bien qu'elle n'était pas digne de recevoir Jésus, le Fils de Dieu sous son toît. Mais il suffisait de Sa Parole pour guérir son fils qui allait devenir la langue couchée et relevée du Verbe de Dieu.

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 En matière de liturgie, je ne suis pas pour un retour en arrière mais pour un retour (des trésors du patrimoine liturgique) en avant.

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Présentation

Profil

  • Jean von Roesgen
  • Le blog de Jean von Roesgen
  • Homme
  • 08/01/1963
  • peinture jardinage chant grégorien
  • J'ai fait théologie, puis les beaux arts comme études. Si je les avais fait dans l'autre sens, peut-être que j'aurai plus de crédit auprès de cette Eglise...
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