Braderies
C'est assez étonnant combien de musiciens de cantiques religieux de la deuxième moitié du XXe siècle se réclament de leur formation grégorienne. Odette VERCRUYSSE, Marcel GODARD, Joseph GELINEAU
pour en nommer que trois. Récemment, sous la baguette d'une révérante soeur dominicaine, qui -elle aussi, dans sa jeunesse- a chanté beaucoup de chant grégorien, on a eu l'occasion de travailler
une composition de Christian VILLENEUVE, et elle nous disait que c'était de la musique non mesurée, enfin pas mesurée régulièrement, mais en combinaison de binaire (à deux temps) et ternaire (à
trois temps), tout comme le bon vieux grégorien qu'elle avait appris (dans sa jeunesse). La bonne vieille et respectable méthode dite de Solesmes.
Cela m'a fait (re)penser que ça fait un moment que je veux écrire un mot sur le phénomène de la braderie en liturgie.
On brade les en trop, les vieux stocks invendables, on brade ce qu'on a en trop, ce dont on veut se débarrasser. Mais on ne peut brader que tant qu'il y a des réserves. Une fois les réserves
épuisées, on ne brade plus. On brade parfois aussi la marchandise de deuxième choix, ou de la marchandise qui a subi des dommages. De la marchandise dégriffée, ou déclassée. En fait on brade comme
on jette. De la marchandise périmée.
Parfois on peut faire une bonne affaire dans une braderie en achetant quelque chose bien moins cher qu'en temps normal et dans les conditions normales. La braderie est comme un black out
parfois, un court circuit des valeurs normales des marchandises, un peu comme la brocante.
Je crois qu'on a pu brader le chant grégorien et l'idée qu'on s'en faisait que tant que ce chant représentait une grosse réserve de patrimoine liturgique dans l'Eglise. Une fois qu'on a
fini de le brader (avec l'idée qu'on s'en faisait), on ne peut plus le brader, c'est comme des objets faussement dérisionnés ou dévalorisés lors d'une braderie, on se met à les restaurer, les
collectionner, rechercher ce qui n'a pas fini à la poubelle, et ça reprend de la valeur. Par contre les faux billets qui ont servi à les brader, voilà ce qui finira dans les brocantes et dans les
poubelles.
Theilard de Chardin a pu brader sa Christologie parce qu'il en avait et tant qu'il en avait (et il en avait en gros gros gros). Mais c'est une braderie qui n'édifie plus grand monde une ou
deux générations plus tard, parce qu'elles manquent des grosses réserves de Christologie qui justifiaient (peut-être) cette braderie.
Si les chants religieux des années 50, 60 et 70 ont bradé le chant grégorien, parfois en le re/faux/monnayant, les chants des années 80, 90 et 2000, les chants du renouveau notablement, ont
fait mieux encore: ils ont carrément bradé la mélodie de la langue française.
On peut brader la mélodie française, ces rythmes et ses accents tant qu'on est fermement ancré dans cette langue et ses caractéristiques... mais dès que la musique de cette langue se perd
dans ses mises en musique, au point où elle prend d'autres rythmes (dé)rappants (mais il peut bien sûr s'agir de mutations naturelles ou irréversibles, si l'on veut bien) jusque dans le parler le
plus quotidien, la braderie est finie, le débâcle est là, et il faut (re)travailler pour venir à son secours.
La braderie est une façon de monnayer sans travailler. C'est faire des affaires avec du patrimoine pour lequel on n'a pas travaillé. C'est dilapider le travail de ceux qui nous ont précédés
et dont on est devenu incapable d'apprécier la valeur, la portée et la signification réelles.
On ne peut brader la communauté que tant qu'il y en a. Quand il n'y en a plus, il faut se remettre au travail. On peut brader l'esprit liturgique tant qu'il y en a. Quand il n'y en a plus, il
faut le retravailler. On peut brader la piété populaire tant qu'il y en a. Quand il n'y en a plus, il faut en recréer. On peut brader le chant religieux tant qu'il y en a. Quand il n'y en a plus,
il faut se remettre à la besogne: répéter.
On peut brader le sacré, tant qu'il y en a. Quand il y en a plus, c'est fini, la braderie. Il faudrait en refaire, en retrouver. Parfois j'ai l'impression, que tout une génération ne vivait
que du bradage des travaux des prédécesseurs. Et une fois qu'ils ont tout bradé, ils se trouvent là, les mains dans les poches, le doigt dans le nez.
On ne peut brader le sacré que tant qu'il y en a. Quand il n'y en a plus, on arrive à l'état de crise où se trouvent nos braves bradeurs en ce moment. Eh oui, il faudrait se remettre au
travail. Fini d'avoir vécu aux frais du travail de nos ancêtres que nous bradions en les dénigrant.
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L'église se vide jusqu'à ce que le dernier bradeur soit parti.
Il attendait un nouveau saint, un grand saint, dont il aurait pu continuer à brader le travail, mais il n'y en aura plus de ces grands saints à brader. Il n'y aura plus que des grands
pécheurs repentants qui travailleront contre vos braderies. (07.07.2008)
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Responsabilités
28.5.2008.
Verantwortlich, heisst das, dass der Verantwortliche antworten kann/muss/soll, heisst das: antwortfähig, oder heisst das, dass jederman dem Verantwortlichen antworten muss: antwortwürdig? Ist
der Verantwortliche derjenige, der antwortet, oder jediglich derjenige, dem man zu antworten und zu gehorchen hat?
Ist der Verantwortliche denjenigen, für die er verantwortlich ist Antwort fähig (schuldig) oder ist er einem dritten, aussenstehenden Antwort fähig (schuldig), was den Raum, die Zeit, die
Personen, das Tun und Geschehen unter seiner Verantwortung angeht?
La responsabilité: Qui répond à qui dans cette affaire? Est-ce que le responsable est sensé répondre à ceux dont il est responsable? Est-ce que ce sont ceux dont ils est responsable qui lui
doivent réponse? Doit-il réponse à un tiers sur ce dont il est responsable?
Le pape, une fois par an, je ne sais plus à quelle occasion reçoit du clergé romain si je ne me trompe, et il répond à leur questions.
Pour moi, un des constituants de la responsabilité, c'est d'être capable de répondre aux questions de ceux dont on est responsable.
Bien sûr, que cette responsabilité n'exclut pas qu'on réponde aussi au responsable, qu'on lui obéit, et qu'il doit peut-être des comptes (réponses) à un tiers, un supérieur... ... encore plus
responsable?
Mais j'ai beaucoup de mal à répondre, moi, à un supérieur qui n'est pas capable de répondre à son tour.
Le responsable dont la responsabilité taciturne consiste juste à centraliser les réponses de ceux dont il est responsable, pour moi, est un usurpateur. Le pouvoir muet est tyrannie.
Infantilisme me revient ici à l'esprit (in-fans: sans-parole).
Il faut croire qu'à l'origine responsable veut dire qu'on doit des comptes, des réponses à un supérieur sur ce dont on est responsable. Dans ce sens, ce sont finalement les plus bas dans
l'échelle qui seront le plus responsables.
Dans l'Eglise, seul le Pape ne devrait des comptes plus qu'à son Dieu? C'est oublier qu'il est le "responsable" d'une religion où Dieu se donne en réponse à l'humanité. C'est Dieu réponse
(logos, parole: c'est pas seulement un mot d'ordre et de loi, mais aussi un mot de réponse à une attente messianique) qui se fait chair. Le serviteur des serviteurs n'oubliera pas de quel ordre est
son règne de serviteur.
Est ce que cette fameuse question de comment transmettre les valeurs aux générations ne se pose pas tout simplement parce qu'on ne peut pas transmettre les valeurs (que) d'une génération,
parce qu'on ne peut transmettre que les valeurs des générations antécédentes aux générations qui suivent, si on les a vécues soi-même. Si on s'est amusé à s'amuser des valeurs des générations
précédentes, on ne peut pas sérieusement transmettre jusqu'au peu de valeur propre à sa propre génération.
Je me demande si la plainte qu'on n'arrive plus a transmettre la foi aux générations avenir ne vient pas tout simplement du fait qu'on n'a pas très bien accueilli la foi des générations qui
nous précèdent. Un tronc coupé de ses racines n'a pas grand chose à transmettre à ses branches, ni les branches aux feuilles.
Comme j'écrivais à mon père évêque, Mgr Turini, l'enracinement dans le Christ, ce n'est pas de la culture sur des coussins en plastique remplis de terreau postconciliaire.