01.01.2008
La fourmilière:
Finalement, j'ai le même comportement que mon curé. Mais je ne peux pas dire que les fourmis m'ont déçues. Je pouvais très bien m'y attendre et m'y préparer... J'assume que je ne les supporte
plus, depuis qu'elles sont devenues de plus en plus nombreuses dans (les murs de) ma maison. Au début, il y en avait bien un peu autour du levier de la cuisine que je chassais vaillamment, en leur
faisant savoir que ce n'était pas leur endroit, et en évitant de les nourrir en laissant traîner des restes: en gros, c'est elles qui m'obligeaient à faire la vaisselle qui traînait... Puis, elles
ont fait leur apparition un peu partout, au grenier où elles ne me gênent pas, à la cave... au bureau, ça me gênait, dans les plantes d'appartement, ça me gênait, dans le lit je ne supportait
vraiment plus. Alors, au bout de... 6, 7, 8? années, je prends des mesures drastiques et je les empoisonne. Il n'y a plus que le tout où rien qui me paraît viable.
Enfin, je me souviens que j'avais propagé déjà du poison, tout au début que j'habitais là, mais ce n'était pas contre les fourmis, c'était pour les charançons etc. J'avais assez
systématiquement traité toutes les pièces... ça a dû faire son effet pour les fourmis, et l'effet, peu à peu a dû s'estomper.
Il est donc normal, que j'aurai dû entretenir ces empoisonnements par petites doses à certains endroits (stratégiques) bien ciblés. Quel travail! Je ne l'ai pas fait, voilà ma
faute.
Si l'"esprit du concile" (qui n'est pas tout à fait identique à l'Esprit du concile avec grand E) a voulu éradiquer certaines pratiques traditionnelles, et y a réussi, il faut entretenir
cette éradication dès qu'une de ces traditions germe sous quelque forme que ce soit, et il ne faut pas attendre qu'il en pousse une plante qui risque de porter des fruits.
++++
C'est vrai que c'est une question d'adaptation à l'esprit du pays, mais là, c'est un esprit que je ne préfère pas adapter, pour ne pas finir dans une mulâtrie:
Je me souviens de ce que j'avais projeté au cimetière vis a vis de ma maison:
Sans trop demander de permission, j'avais planté des arbustes de récupération là où il y a 10 ou 20 ans il y avait une rangé de grands cyprès qu'on avait coupé parce qu'ils endommageaient le
mur. Non pas que je voulais me cacher la vue sur le cimetière, mais je voulais verdoyer un peu cet espace plaqué de marbres et de gravillons désherbés.
J'aurai dû faire une demande à la mairie pour qu'ils replantent des plante à cet endroit. Par principe de subsidiarité, je m'en était occupé moi-même. J'étais tombé d'accord avec le
cantonnier, l'ennemi publique des mauvaises herbes, qu'il épargnerait ce bord du cimetière des son produit.
Ca allait bien jusqu'au moment de la plainte d'une dame qui trouvait que ces buissons gênait le tombeau de son papa mort centenaire.
Puis le cantonnier est venu et il a arraché toute la haie.
J'ai écrit au maire, pour me plaindre de la procédure qui ne m'a pas conculté, et on m'a dit qu'il allait me répondre.
Ca fait 7 ou 8 ans que j'attends cette réponse.
S'il s'agissait de quelque chose d'important pour moi et si je ne me sentais pas seul concerné, j'aurai insisté... provoque peut-être pour être écouté (je crois que j'ai droit d'être à l'abri
un peu du voisinage d'un cimetière, je crois qu'ils sont obligé de contourner les cimetières par des murs ou des haies pour ne pas qu'ils tombent brutalement dans les yeux du voisinage à longueur
de journée (et de nuit...). Mais heureusement, la mort n'a pas l'air de me traumatiser, au contraire, ce voisinage a l'avantage de ma familiariser avec ce phénomène et ses sujets qui nous on
précédés.
Mais cette histoire est assez révélateur d'un esprit du pays pas très franc, assez méfiant, susceptible, et assez incapable de dialogue, de négociation et de concertation.
J'attends le jour où la même chose m'arrivera pour les grandes toiles que j'ai déposées à l'Eglise du Bourg. Ca ne doit pas plaire à tout le monde. J'avais demandé la permission et au maire
et au curé de les accrocher, et de me dire quand ça ne va pas. J'ai dû les installer avant l'hiver, mais il n'y a pas un an.
Là aussi, du jour au lendemain on pourra me dire: On ne comprend rien à cette peinture abstraite, il faut les décrocher. Elles n'ont rien perdu dans une église, elles nous empêchent de prier.
Au lieu de négocier: Est-ce que tu ne pourrais pas préciser le dessin de ces scènes pour qu'on voit mieux de quoi il s'agit?
(Note sur ces travaux accrochés en dépôt à l'église de Le Bourg dans le Lot :
Annonciation, Adoration des bergers, Adoration des mages et Circoncision, quatre toiles d'après Zurbaran.
Ces travaux d'après Zurbaran n'ont aucune ambition descriptive, figurative, réaliste. Souvent la peinture (religieuse, et particulièrement à l'époque) baroque montre ce qu'on ne peut pas voir
comme si on y avait été. Ici, des mystères de la vie de Jésus, des événements que le peintre reconstruit dans son imaginaire pour les composer sur toile.
Mon travail consistait à faire un transfert de mémoire subissant l'oubli: J'allais une fois par semaine de Lyon à Grenoble en stop, visitait ces quatre toiles au musée de Grenoble, et
retournait travailler à l'atelier à Lyon d'après mémoire, gardant la composition et les dimensions des toiles, les personnages comme des nuages, les gestes comme des rêves que je n'arrive pas très
bien à reconstruire.
J'étais convaincu qu'on ne peut plus montrer la vie de Jésus comme si on y avait été. Que trop de précision tue le mystère. Qu'il fallait rendre un flou pour rendre compte du flou de ces
événements. Qu'on peut tout juste donner des touches, des indications estompées, des indices des événements en question. Des silhouettes de mages, des ombres et des lumières des bergers, des
prêtres au temple, de la Vierge des anges et de Jésus.
Ces toiles ne sont pas des réponses toutes faites qui répondent à notre besoin de voir claire, mais elles se veulent une invitation à la prière de voir plus claire, de supporter de ne pas
voir toujours très clair, de ne pas désespérer un jour de voir plus clair.
Ces toiles demandent à Marie: Montre-nous ton fils, montre-nous l'attitude d'accueil qui lui est propice, aide-nous à le recevoir, à l'adorer, à nous donner à lui.
Ces toiles demandent à Jésus: Fais-nous croire que tu es venu nous sauver, montre-nous comment te suivre...
Ces toiles ne sont pas les réponses à la prière, mais elles veulent inciter à la prière. Elles ne nous capotent pas d'un "J'ai tout vu, j'ai tout compris." Elles ouvrent à la recherche de la
présence du Seigneur dans l'immédiat de notre vie.)
(L'église romane du Bourg, entre Gramat et Figeac, classée monument historique, est ouverte en générale du matin au soir.)