Samedi 7 juin 2008
6
07
/06
/Juin
/2008
20:15
L'accord des murs.
Il entrait dans l'église.
Il la trouva totalement désaccordée.
Il ne comprenait pas.
Il entonnait l'offertoire de l'Annonciation, et les murs ne répondaient pas.
Ils ne répondaient plus.
Il insistait. Une vieille chaise dans un coin résonnait un tout petit peu, puis une partie du confessionnal qui entraînait le reste. Peu a peu, à la cinquième reprise, le chant commence à
envoûter le bâtiment, l'église commence à répondre et s'accorde.
Il entonnait d'autres antiennes, et l'accord se stabilisa...
Quel dur travail, que d'accorder une église.
Pourvu qu'elle en garde ne serait-ce qu'un trace après les cantiques de la prochaine messe dominicale...
L'accord qui tousse.
Confronter une assemblée dominicale au chant grégorien n'est pas un moindre travail d'accordage... tout d'abord, ce chant fera tousser, comme s'il s'agissait de petits exorcismes, comme si ce chant
libérait de bouchons dans les oreilles, de vieux crachats... puis peu à peu, de dimanche à dimanche, il y a un certain calme et une certaine écoute qui peut s'installer, une certaine réceptivité,
alors qu'au début, il n'y avait que résistance: "Mais on ne comprend rien à ce que vous chantez..." (Alors, en réponse à ce reproche (parce qu'il faut être responsable de ses actes), vous faites
suivre une traduction de ce que vous venez de chanter, et vous la cantillez sur le même mode...)
Parfois, certains dimanches, à certaines fêtes, quand l'assemblée est totalement inhabituée, avec certains célébrants particulièrement réticents au chant propre de l'Eglise aussi, vous sentez
la résistance d'une assemblée totalement désaccordée à ce genre de chant, et vous pouvez sentir que cette résistance joue des retours jusqu'à votre manière d'interpréter... c'est à ce moment qu'il
m'arrive de penser que l'écoute de l'auditoire joue sur la qualité (surtout spirituelle) d'un chant religieux, que c'est toujours l'assemblée qui chante, même si elle ne fait qu'écouter.
Parfois je déraille dans des chants que je maîtrisais assez bien tout seul (non, je n'ai presque plus de traque), je pars dans le décors (en générale je me rattrape et je termine in extremis
par une belle cadence qui gomme, pour ceux qui ne connaissent pas la pièce, et qui n'ont pas trop d'oreille, tout ce que j'ai pu déraper...) et je n'ai pas d'autre explications: C'est l'écoute des
autres qui est capable de retour sur celui qui chante. Retour bienveillant, réceptif, ou retour bloqué et malveillant. Si cette malveillance et ce blocage se mont(r)ent contre ma personne, peu
importe, mais qu'elle prive l'assemblée du chant propre de l'Eglise, cela, c'est vraiment dommage...