Lundi 2 juin 2008
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19:08
Pendant une de ces discussions un peu houleuses sur le chant grégorien, le curé qui est contre me dit:
"Chanter ce chant là au concert, je suis d'accord, comme ça les gens peuvent choisir d'y aller ou ne pas y aller, mais l'imposer à la messe du dimanche..."
Si on me proposait un concert avec le genre de chants qu'on me propose dans 99,9 % des paroisses françaises, je n'irai pas non plus à ce concert. Un concert avec "Que tes oeuvres sont
belles", "Qu'il est formidable d'aimer", "Trouver dans ma vie ta présence", je n'irai pas, et on peut s'imaginer le publique: les mêmes têtes que ceux qui vont à la messe chez nous le dimanche.
Ce qu'il y avait à démontrer: Que c'est donc les bons chants qu'on y chante?
Ou ce qu'il fallait démontrer: Que ce sont des chants de messes tout juste bon pour ce genre de gens et cette tranche d'âge?
Mais qui est premier? La messe ou la tranche des gens qui vont à la messe? Le Christ dans la Tradition de son Eglise ou les gens dans leur milieu culturel habituel? Si c'est juste pour
prendre un bain de culture habituel, il n'y a pas de sacré, il n'y a pas besoin de se retrancher dans une Eglise, on peut se fêter dans la salle de concert. Si l'église est la salle de concert et
de manifestation culturelle habituelle, je n'y vais plus.
S'il y avait un concert avec du chant grégorien, je crois que je n'irai pas à ce concert, en tout cas, je ne vais plus organiser de tels concerts spirituels, parce que le lieu propre de ce
chant n'est pas le concert. C'est un chant qui colle à la liturgie comme colle le rock à la boîte de musique, comme colle la musette au bal de musette, comme colle la guinguette à la guinguette
etc. pp.
Si la liturgie ne supporte plus son chant, cela ne met pas en question ce chant, mais cette liturgie. Si cette liturgie a préféré des chants de guinguette, des slows (Trouver dans ma vie ta
présence), des valses (Vierge sainte, Dieu t'a choisi), des samba (Que tes oeuvres sont belles: enfin, comme c'est écrit, ce n'est pas une samba, mais grâce aux déformations par la foule,
l'adaptation rythmique courante est très proche d'une espèce de brésilienne à 5 temps), cela révèle peut-être quelque chose de cette liturgie qu'on ferait mieux de reléguer au concert, comme ce
curé a voulu proposer au chant grégorien.
Et encore, là je m'en tiens aux musiques démodées de notre milieu rural. On peut faire la même argumentation avec d'autres mélodies folk et pop plus récentes, avec l'introduction à l'église
de la techno et du rap etc.pp.
Quand notre évêque nous invite à ne pas être trop exigeants avec nos jeunes, il a tort. L'Evangile est exigeant. Aller à la messe le dimanche n'est pas trop exigeant, mais il faut que ce soit
une messe où on rencontre vraiment le Christ dans toute sa Tradition, et dans la gloire de toute la communion des saints, il ne faut pas qu'on y retombe dans le monde de la télé, du spectacle (et
pour les jeunes, nos célébrations relèvent de mauvais spectacles avec des musiques démodées... alors qu'une fois qu'on les a obligé, oui forcé, oui aliéné dans un chant indémodable, parce que mort,
dépassé et restauré, ils s'y retrouvent avec toutes les générations des saints)... il a tort: Pour entrer dans la sainteté, pour entrer dans le sacré, il faut se dépasser, il faut obéir, il faut se
plier, il faut se faire violence, il faut avoir envie au moins de se purifier et de se détacher de ce monde. Cela ne sert à rien d'importer du profane dans le sacré pour les attirer. Le profane se
démode, et on se retrouve tôt ou tard, et de plus en plus tôt, parce que la mode va de plus en plus vite, devant le même phénomène où se trouvent actuellement nos paroisses: un tranche d'âge
retranché dans son répertoire démodé. L'exigeance est à double tranchant: nous ne pouvons pas être exigeants avec nos jeunes, tant que nous ne sommes pas exigeants avec nous-mêmes.
C'est bien et beau de la part de l'Eglise de nous accueillir comme nous sommes. A cet effet, il y aurait tout genre de para-liturgies à organiser, au lieu de sacrifier l'assemblée dominicale
qui se doit au plus universel, au plus catholique, et donc au plus traditionnel dans le bon sens du terme: puisant de ces trésors du neuf et de l'ancien.